Le concert à l'Olympia
Paris, le 30 novembre 2003
 

Par Christophe Letellier

"Le samouraï de l'Olympe !"

Trois ans après sa première (et époustouflante) prestation dans cette mythique salle parisienne où tous les plus grands musiciens et chanteurs se sont un jour produits, le Dieu de la Pop anglaise, Sir Elton John, était de retour dans le temple de l’Olympe !
 
Pour tous ceux qui furent présents à cette époque (moi le premier) le 11 novembre 2000, cela avait été un très grand moment ! (voir l’excellent article de Sacha Wicki).
 
Allait-il rééditer pareille performance ? C’est toute la question que la horde de fans que nous étions avions sur les lèvres avant d’aborder ce grand rendez-vous.
 
On put craindre un moment que le concert soit annulé puisque Elton avait dû renoncer (certainement malgré lui !) à assurer son spectacle à Barcelone trois jours plus tôt, terrassé par le virus de la grippe (il a beau être un dieu à son piano, il n’en reste pas moins un homme comme les autres, avec ses faiblesses, ce que l’on aurait tendance parfois à oublier !).
 
Sa participation en Suisse à Zurich, la veille, allait quelque peu nous rassurer, même si cela devait laisser présager d’une prestation honnête mais pas exceptionnelle car il est clair que sa grippe ne pouvait avoir été éradiquée en seulement quelques jours de traitement et que quelques restes devaient subsister de-ci de-là; ce que nous ne devrons pas oublier pour juger de sa performance par ailleurs.
 
Arrivé assez tôt (vers 16 h 00, avant la pluie et le retour des citadins parisiens générant toujours son flot de bouchons aux portes de la capitale française), mon regard se porta immédiatement sur le nom ELTON JOHN écrit en immenses lettres capitales rouges et lumineuses. On a beau avoir découvert ce spectacle il y a trois ans, cela génère toujours une vive émotion.

Malheureusement, comme on pouvait le craindre à cette époque de l’année et comme cela semble être désormais l’habitude lorsque Elton se produit à Paris (rappelons-nous le temps épouvantable qui régnait en mai 2002 lors de son dernier passage à Bercy), la pluie fit son apparition vers 16 h 30 et n’allait plus nous quitter jusqu’à notre entrée dans l’Olympia. Cette humidité ambiante n’était pas pour arranger les problèmes de santé actuels de notre cher Elton mais n’ayons crainte, son entourage a dû bien prendre soin de lui avant et après sa sortie de scène !

Aux alentours de 17 h 00, petit coup de théâtre lorsque l’on découvrit le message de la production: " Pour le concert de ce soir, Elton John a invité ses musiciens à le rejoindre sur scène ".
 
Il n’était donc plus question d’un concert solo mais d’un concert avec le groupe. Je dois avouer que si dans un premier temps, cette idée avait de quoi séduire puisque c’était un fait inédit et qu’il serait bien d’y assister; dans un second temps je ne pouvais m’empêcher de penser que le concert de ce soir serait probablement le même que celui initialement prévu deux jours plus tard au palais omnisports de Paris-Bercy.
 
Fallait-il y voir dans ce revirement de dernière minute, l’incapacité pour Elton d’assurer un concert solo de près de trois heures au vu de ses capacités physiques diminuées par la grippe ou était-ce prévu depuis quelque temps déjà comme me le suggérait ma fidèle correspondante corrézienne qui l’aurait entendu dans une interview donnée par Elton il y a quelque temps ?
 
Vers 18 h 45, les premiers privilégiés de cette soirée (certains tentèrent bien de se procurer des places à la dernière minute mais qui aurait voulu se séparer de ces précieux sésames si chèrement acquis ?) entrèrent par petits groupes pour passer le stade de la fouille avant l’entrée même dans l’enceinte du music-hall.
 
Sans être méchant, remercions tout de même le service d’ordre de nous avoir laissé patienter à l’extérieur sous la pluie alors qu’il avait la possibilité de nous faire avancer d’une dizaine de mètres sous le porche sans pour autant gêner la suite des opérations; cela nous aurait évité ainsi de nous faire laver comme de vulgaires légumes !

Quand on pense au prix des places (130 € en catégorie orchestre), un petit peu plus de considération envers le public eût été appréciable.
 
Situé dans le deuxième groupe, je ne tarde pas à entrer. Coïncidence, au même moment, je croise Sacha qui vient retirer ses places au guichet. On se retrouvera peu de temps après puisque mon amie Brigitte et moi-même découvrons que nous sommes situés deux (ou trois je ne sais plus exactement !) devant lui.
 
Nous parlons un bref instant avant le début du show et il nous apprend (il était à Zurich la veille) qu’il n’avait jamais entendu un concert aussi puissant depuis qu’il suit Elton en tournée. Voilà qui est bien rassurant alors que l’on s’interrogeait toujours sur ses capacités à assurer un spectacle de qualité avec ses moyens actuels.
 
19 h 20, une voix off nous confirme (au cas où des spectateurs étourdis seraient passés devant la note de la production sans y prêter attention !) que le spectacle de ce soir ne sera pas comme prévu un concert en solo mais que  « Elton John, en vantant les caractéristiques acoustiques de la salle, avait réussi à convaincre ses musiciens de venir jouer sur la scène avec lui ».
 
C’est bien tenté d’essayer de nous convaincre de la sorte mais nous, les fans, ne sommes pas dupes et nous savons pertinemment que la vraie raison est ailleurs !
 
19 h 30 précise (chapeau la ponctualité des artistes; ce qui ne sera pas le cas de celle du public !), les lumières d’ambiance rouges et bleues de la salle commencent à s’éteindre alors que celle-ci continue de se remplir (ce sera un flot incessant d’arrivants jusqu’à 20 h 30; certains n’ayant pas dû faire attention sur leur billet que le spectacle débutait à 19 h 30 et non 20 h 30; Dommage pour eux !).
 
Dans la pénombre, on devine la silhouette des musiciens qui viennent prendre place.
 
Moins d’une minute après le tombé des lumières retentissent les premières notes caractéristiques de Funeral for a friend.
 
Il faudra attendre encore une bonne minute pour voir (sous les acclamations de la foule en délire !) le Maître débouler d’un pas vif et décidé sur la scène, saluant son auditoire, lui adressant même un baiser volontaire.
 
Était-ce un bon présage d’une vitalité retrouvée ou tout simplement un leurre de conviction ?
 
À ce stade, il était encore trop tôt pour le dire. Attendons de voir comment va se dérouler la suite.
 
Vêtu d’un costume en velours noir (lunettes assorties comme toujours et aux dessins sur les manches précédemment vus sur ses tenues des concerts du printemps et de l’été !) et de chaussures ressemblant étrangement (de ma place, je n’ai pu juger précisément) à des baskets blanches et noires, signé de son nouveau couturier japonais Johji Yamamoto, il fit sensation.
 
Ce nouveau look est radical: on adore ou on déteste mais il a le mérite de marquer les esprits.
 
Il y avait longtemps qu’Elton n’avait pas choqué de la sorte et ce n’est pas pour nous déplaire, avouons-le.
 
La note japonaise est flagrante; Elton me fit penser dans cette tenue à un samouraï, une tenue d’empereur pour l’empereur de la pop anglaise, quoi de plus normal me direz-vous !
 
Qui plus est, par cette initiative, Elton rapproche les deux mondes occidental et oriental.
 
A-t-il des intérêts derrière tout cela ? sûrement le bougre !
 
Ce qui frappe rapidement, c’est le niveau trop élevé du son qui sature par instants (sur la guitare de Davey) et devient franchement une désagréable cacophonie lorsque chaque instrument veut donner sa pleine mesure.
 
Un comble pour cette salle, dont on vantait plus haut les mérites acoustiques !
 
Les ingénieurs du son de ce genre de spectacles sont de très grands professionnels et ils savent se jouer des problèmes incombant à chaque salle et accorder le niveau sonore des instruments en conséquence.
 
Or dans une salle de cet ordre, si réputée, cela aurait dû être un obstacle encore plus facilement contournable.
 
Alors, pourquoi ce désagréable sentiment que ce travail n’a pas été réalisé correctement ?
 
Peut-être parce que le temps leur a manqué pour affiner précisément les réglages.
 
Sans en avoir la certitude absolue, ceci ne peut que conforter l’hypothèse que la venue du groupe sur scène fût une décision de dernière heure et entraîna un bouleversement dans le timing initialement prévu.
 
Il a fallu dans l’urgence, changer de configuration et pour avoir travaillé dans le milieu du spectacle, je sais pertinemment qu’accorder chaque instrument à une salle (puis l’ensemble des instruments) n’est pas une opération que l’on réalise en cinq petites minutes !
 
Quant au piano, j’ai trouvé sa sonorité bien métallique, agressive même. Sur certains morceaux, il disparut, noyé dans le brouhaha cacophonique !

Revenons sur la prestation d’Elton et de ses musiciens.
 
Pour ce qui est de la prestation instrumentale, Elton est toujours très bon et on ne décèle rien d’alarmant. Arrive la partie chant, enfin le moment de vérité. Apparemment, ça passe même si on note par moments des difficultés à maintenir le niveau d’une note.
 
En ce début de spectacle, Elton fait illusion, se permettant même des fantaisies sur son fauteuil, des attaques agressives sur son clavier: on est ravis !
 
Bonne note à Davey Johnstone que j’ai trouvé particulièrement en forme durant tout le show et rajeuni avec son nouveau look (tiens, lui aussi !). Ses interventions furent claires et précises.
 
Arrive la fin du morceau (nos tympans sont déjà soumis à rude épreuve !).
 
On s’attend à ce qu’il adresse quelques mots en français à son public. Déception !
 
Il adresse bien quelques mots (après Bennie and The Jets) mais dans sa langue maternelle comme si le fait de s’exprimer dans notre langue était un exercice qui lui puisait trop de force.
 
Il s’accordera tout de même, dans la seconde moitié du concert, à lâcher de nombreux "Merci" sous les vivats de son auditoire mais sans plus. Il faudra attendre le mot de la fin avec une formule maintenant connue de tous mais qui satisfait l’ego de la foule: "Merci Paris, j’adore Paris, J’adore la Fronce, Merci !" pour entendre une phrase complète.
 
Je ne vais pas m’éterniser sur la première moitié de la set-list puisqu’elle est en tous points comparable à celle de Bercy 2002 pour ce qui de son interprétation.
 
S’ensuivent Daniel et Someone saved my life tonight. On écoute, mais on ne peut que regretter le sentiment de déjà vu, déjà entendu !
 
Ainsi, il prononce quasiment mot pour mot le même discours lorsqu’il aborde Ballad of the boy in the red shoes. J’ai enfin accepté la version live, moi qui lui reprochais souvent d’être trop rapide, à côté des émotions qu’il voulait faire passer. Comme quoi, à force de nous jouer les mêmes chansons (pour ce qui est de l’ossature principale), il arrive à faire changer d’avis son auditoire (il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ne dit-on pas) ? )
 
Vint Philadelphia Feedom (classique) et The Wasteland, décidément taillé pour la scène avec un beau final retravaillé par Elton.
 
C’est au tour de Rocket Man, toujours aussi attendu par les fans.
 
Au risque de m’attirer les foudres de certains, je ne retrouve pas cette magie que j’avais ressenti dans son interprétation à Bercy l’an dernier ou bien encore au Lido en début d’année.
 
Cela ressemble trop à ce que l’on a déjà entendu une nouvelle fois (à force de nous surprendre, on en devient de plus en plus gourmand !). Il a dû se déchirer pour lancer les derniers "Rockets" (bien relayés, il est vrai, par la réverbération !) du morceau.

On retrouve les sempiternels I guess that’s why they call it the blues (mieux interprétée qu’à accoutumée me sembla-t-il), Sacrifice (le revoilà mais c’était inévitable en France !) comme Sorry Seems to be the hardest word, fortement applaudi.
 
Je m’arrête une nouvelle fois sur l’intro sans cesse renouvelée de Take me to the Pilot, un vrai régal, interprétée en piano solo. Le reste est semblable à ce qui est connu avec la fin où Elton fait le singe (ou plutôt le gorille) en se tapant sur le torse ! (pour dégager une petite quinte de toux peut-être ?).
 
Ah ! Nostalgie quand tu nous tiens: quand nous rééditera-t-il sa performance de 1994 (voir le concert A SPECIAL EVENING WITH ELTON AND RAY COOPER AT THE GREEK THEATRE OF LOS ANGELES en piano solo il est vrai et vous découvrirez ce dont je fais allusion) avec un final d’anthologie (je n’ai pas vu mieux encore de sa part !) ?
 
Autres extraits du dernier album I want love (sans plus !) et This train don’t stop there anymore pour laquelle, comme Elton, j’ai une petite préférence pour sa simplicité et l’émotion qu’elle fait passer.
 
Elle me fait penser à Come Down in Time qui justement, intègre une deuxième partie de set-list innovante, cela faisait bien longtemps que l’on attendait cela.
 
C’est la première fois que je l’entendais sur scène et je ne fus pas déçu. Il y a des chansons comme cela qui sortent du lot, on ne sait trop pourquoi.

Candle in the wind fut, comme toujours, très applaudit  (indirectement, en France et surtout ici à Paris, on le lie maintenant au destin tragique de la princesse Diana, même si la version proposée est l’originale de 1973). Sur la dernière note, Elton se couche sur son piano comme écrasé par le poids de l’émotion que cela doit susciter pour lui.
 
Vint ensuite une bonne surprise, la version live d’Are you ready for love ? qui devient incontournable même si on peut déplorer une nouvelle fois que le titre ne décolle pas véritablement ici en France alors qu’il est numéro 1 en Angleterre.
 
Un bon titre adapté à la scène. Elton se permit d’y ajouter une nouvelle petite touche personnelle dont il a le secret. Emporté dans son élan, sa voix lui fait rappeler qu’il est encore convalescent par quelques petits décrochages.

C’est au tour d’Harmony (toujours superbe à entendre avec ses harmonies délicates) d’entrer en scène suivie d’un excellent All the young girls love Alice dont je ne me rappelle pas sa présence dans les derniers concerts de 1998 et 2002. Un bon petit rock bien léché.
 
Exit Tiny Dancer, on atteint le paroxysme du concert avec successivement The bitch is back, Saturday Nigh’s alright for Fighting et Crocodile Rock qui fonctionne toujours aussi bien sur scène avec cette communion entre Elton et son public.
 
À ce moment du spectacle, Elton ne se ressent (si ce n’est sa voix qui le trahit toujours un petit peu) visiblement plus de sa grippe car il virevolte, grimpe de nombreuse fois sur son fauteuil pour saluer la foule en extase. Ce n’est que du bonheur !
 
Saturday… était tout particulièrement attendu ici en France car le single de la Star Academy est sorti tout récemment et il est bien dans les esprits.
 
On pouvait craindre l’apparition sur scène des élèves mais il n’en fut rien. Cela reste cependant du domaine du plausible pour le concert de mardi à Bercy ! Rien à voir avec leur version apathique. Nous assistons avec une version puissante et endiablée (Aïe, nos oreilles !).
 
Le public est maintenant debout et le restera jusqu’à la fin du concert !
 
Elton quitte une première fois son assistance pour revenir sous son insistance deux minutes après.
 
Il interprète Don’t let the sun go down on me qui ravis une nouvelle fois le public mais qui pour ma part, commence à m’exaspérer.
 
Il quitte une nouvelle fois la salle. Il fait languir un peu plus longtemps son assemblée; le temps pour lui d’ajuster son petit survêtement habituel !
 
Ce sera cette fois un modèle Adidas bleu qui me fait immanquablement penser à un modèle du milieu des années 70. Pas très élégant !
 
Il en profite pour serrer des mains et signer de nombreux autographes.
 
Il remercie poliment son auditoire de ce soir "Merci Paris, j’adore Paris, J’adore la Fronce, Merci !" et entame un dernier et incontournable Your song (mi-solo, mi-orchestre) où brûlent les dernières flammes des briquets.

Après avoir salué une dernière fois son public, il quitte la scène par le côté opposé aux coulisses; certainement pour rejoindre sa voiture qui le ramène au Ritz.
 
Voilà, après deux heures trente (un peu plus court que d’habitude, certains titres comme Tiny Dancer et Pinball wizard ont disparu), le show se termine. Le calme qui revient procure un sentiment étrange. Nos tympans sont (enfin ?) au repos !
 
Le spectacle de ce soir fut très orienté Rock (pour notre plus grand plaisir), même si les conditions sonores ne furent pas au top comme nous l’avons expliqué plus haut.

Pour quelqu’un qui souffrait de la grippe, il s’en est admirablement sorti (merci les vitamines !). Sa voix a tenu tant bien que mal et on ne lui en voudra pas d’avoir écourté le spectacle. Il fallait bien qu’il garde quelques forces pour le surlendemain.

Oui, une nouvelle fois, on a beau vous critiquer pour votre comportement pas toujours clean, Chapeau bas Sir Elton John pour votre professionnalisme et votre volonté sans cesse renouvelée de donner le meilleur de vous-même en toute circonstance !
 
Je terminerai par une nouvelle note négative en ce qui concerne le comportement du service d’ordre de la salle.

Une fois le spectacle terminé, on fut poussé sans grand ménagement vers la sortie. C’est à peine si certains eurent le temps de récupérer leurs affaires au vestiaire. Zéro pointé messieurs !
 
Il semble que l’Olympia ne soit plus ce qu’il était et qu’il soit devenu une machine à faire de l’argent uniquement. C’est bien désolant de devoir le signaler, mais c’est ainsi.

Quoi qu’il en soit, reposons-nous bien car rendez-vous est pris dans deux jours précisément à Bercy, dans une salle plus vaste mais aussi plus froide côté ambiance.
 
Monsieur John, cette fois, il faudra être au top pour satisfaire les 12000 personnes de l’antre du P.O.P.B.

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Les articles sur des concerts précédents:

- le concert de Nîmes (2003)
- le concert de Taormina (2003)
- le concert du Lido (Paris)  (2003)
- un reportage sur la tournée "SFTWC Tour 2002"
- le concert de Montréal (2001)
- le concert de Berlin (2001)
- le concert de Charlotte (2001)
- le reportage à Bercy (2001)
- le concert de l'Olympia (2000)
- le concert de Zurich (2000)
- le reportage du concert de Stuttgart (2000)

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