Caesars Palace, Colosseum - Las Vegas

les 13 & 14 février 2004


Par Elizabeth J. Rosenthal

"The Red Piano est aussi grand et effronté que le talent musical colossal d'Elton John."

"Principalement autobiographique, The Red Piano explique au courrant constant des représentants de la masse dominante de l'Amérique et aux amateurs de strass du monde entier, tous ceux qui passent continuellement par Vegas, les réussites d'Elton John, ses talents, sa personnalité, ses combats personnels, et son humour".

"The Red Piano démontre qu'"Elton John" est une marque, et pas n'importe laquelle. Dans un monde largement sans passion, de musique populaire sans couleur, les mélodies constamment mémorables et évocatrices d'Elton John sont des Mercedes-Benz en comparaison de ses collègues inférieurs Hyundai."

"Avec The Red Piano, Elton John perd finalement son humilité publique et reçois le crédit qu'il mérite pour être le phénomène qu'il est devenu."

"The Red Piano emporte le public dans une course folle, décadente, nombriliste, hautement émotionnelle, qui n'est pas sans rappeler les 20 premières années d'Elton John dans le Rock'n'roll, mais qui se termine dans le songe paisible du musicien qui porte un regard sur sa sobre vie actuelle."

"The Red Piano n'est pas vraiment un concert, mais une interprétation pop-art par David LaChappelle de la vie et de la carrière d'Elton John avec son sujet principal, Elton lui-même, qui occupe le centre de la scène afin d'illustrer les meilleurs moments de sa carrière."

 

J'aurais pu commencer mon compte rendu des deux premiers spectacles d'Elton de sa série au Caesars Palace intitulée 'The Red Piano' avec n'importe laquelle des introductions ci-dessus. Mais puisqu'elles sont toutes très appropriées, j'ai décidé de commencer ce petit essai avec chacun d'eux.

Après avoir traversé le Caesars Palace, apperçu ses tables de Blackjack et ses machines à sous, on se retrouve dans la grande salle du Colosseum.

Avant le début du spectacle, tous les instruments du groupe, à part le piano d'Elton, sont visibles sur la scène faiblement éclairée. Ils sont entourés par des néons éteints qui, semble-t-il, vont avoir un rôle dans le déroulement de la soirée, annonçant des choses comme la Zone du plaisir ou les salles du Jacuzzi. Une toile géante couvre quelque chose situé vers le devant de la scène. Tout à coup, un groupe de personnes, vêtues de salopettes blanches et coiffées avec une sorte de casque de mineur blanc équipé d'une lampe frontale, se rue des coulisses vers la toile et l'enlève frénétiquement, révélant un grand piano rouge, flanqué de son siège assorti, et la plateforme en forme d'étoile blanche dans le style du Hollywood Walk of Fame, sur laquelle ils sont installés.

Rapidement, les membres du groupe d'Elton, sans la tête d'affiche, vont être aperçus marchants vers leurs instruments. Des sons familiers s'élèvent dans le Colosseum, des claquements discordants et des coups sourds qui n'avaient plus été entendus depuis la tournée américaine de 1989. Cela formait rapidement un riff métallique accompagnant "Bennie And The Jets", qui ouvrait cette tournée lointaine, à une époque où Elton avait perdu tout contact avec la sobriété et une vie mesurée et progressive.
Après quelques secondes, la star émerge finalement, portant des lunettes de soleil comme celles de 1989. Mais au lieu de porter un costume Versace ressemblant à une tente et un chapeau incrusté de brillants multicolores comme ce fut le cas à l'époque, il portait, ce vendredi soir 13 février, un queue-de-pie noir signé Yohji Yamamoto, accentué par du tissu rouge derrière les épaules, une blouse flottante rouge et une coupe de cheveux en pointes. Il a aidé à accentuer encore l'excitation ambiante en trottant d'un bon pas puis en s'accroupissant et en pointant dans le public quelques spectateurs bien habillés puis en répétant cette routine au moins deux fois avant d'enfin atteindre son piano, de s'asseoir et de se lancer dans l'un de ces accords familiers qui prennent aux tripes, que des gens du monde entier peuvent identifier dans la seconde, et appartenants à "Bennie".

Voici donc l'une des principales raisons d'être du titre du spectacle. Elton ne laisse jamais son piano tranquille. Pour chaque interlude nonchalant, il y a au moins deux solos enflammés qui, si la physique le permettait, transformeraient certainement son piano en instrument de l'enfer. "Bennie", avec déjà une nouvelle fin rallongée, grâce à des accents jazzy, est la première chanson de la soirée à transformer le piano d'Elton, déjà rouge, e
n ruines calcinées.
 

L'œuvre de David LaChappelle pour "Bennie" a été assez mesurée: De gigantesques lettres en néon clignotantes formant le mot "ELTON". Ensuite, les choses deviennent progressivement plus complexes et accrocheuses. "Philadelphia Freedom" amène le premier film colossal de la soirée avec l'Empire State Building décollant telle une fusée dans un mélange psychédélique d'images des seventies emplissant l'écran. Parmi celles-ci, des images répétées de Billie Jean King dansant joyeusement sur la scène du Dodgers Stadium, en octobre 1975. Cette version de la chanson neo-disco n'est pas différente d'autres entendues récemment, à part que l'excellente acoustique du Colosseum offre à chaque chorde synthétique, à chaque accord de guitare et chaque note du piano rouge une sonorité parfaite, un véritable hommage au son.


Elton note ensuite que, dans un passé ancien, il avait "édité" (supprimé) un verset de "Daniel" qui expliquait tout le sens de la chanson. Ce vendredi, il a présenté le prochain film de LaChappelle comme "l'une des plus belles choses que je n'aie jamais vues". S'en suit une version muscle et bondissante de "Daniel" alors que l'écran arrière projète le film le plus émouvant de la soirée, dans lequel un jeune homme au doux visage est allongé sur un lit de camp, respirant doucement alors qu'il rêve de sa vie avant la guerre. Alors qu'il vit ce qui est clairement montré
comme le conflit du Vietnam, il est recouvert de suie, entaillé par des coupures et marqué par de sérieuses blessures jusqu'à ce que, finalement, il disparaisse de son lit et que les images d'un service funéraire et des croix du cimetière national d'Arlington suggèrent ce qui s'est passé.

"Believe", dont Elton a
dit de manière prévisible que son thème est ce dont le monde a le plus besoin: L'amour (ceci dit l'un des thèmes récurrents de la soirée) est représenté par un film en noir et blanc avec des roses sépias équilibrées par des roses rouges géantes gonflables se déployant aux extrémités de la scène.


"Rocket Man" est un autre grand moment du show, mixant les accords plaintifs d'Elton transformés en une démonstration empreinte de blues avec une version ralentie du clip réalisé par LaChappelle pour "This Train Don't Stop There Anymore" avec Justin Timberlake jouant Elton le Rocket Man, évidemment. Pour la première fois, la chanson "Rocket Man" raconte l'histoire de la célébrité d'Elton et des risques d'embrouilles que la drogue a semées sur son chemin. L'apogée arrive quand Justin/Elton pose et cabotine presque sans fin devant l'objectif d'un photographe alors que le véritable Elton d'aujourd'hui lâche des accords tristes qui se lamentent avec colère sur ce qui est advenu de l'ancien Reg.
 

Si "Rocket Man" prédit la mort des excès pour d'Elton, "I'm Still Standing" prouve son ressort remarquable. Face à un montage hyper excitant d'images des année 70, 80 et 90, Elton et son groupe martèlent dans un numéro résolument optimiste alors que le personnel de scène, toujours vêtu de salopettes blanches et coiffé avec leurs casques de mineurs, "stimulent" des nouvelles formes gonflables, la plupart de nature phallique: Une banane debout prise en sandwiche entre deux cerises aux tiges intactes, une banane pelée prête à être mangée, un cornet de glace avec son cône pointant vers le ciel dérangé uniquement par l'extrémité d'une cigarette éteinte, un hot-dog de forme parfaite, délicatement enlacé par de la moutarde dans un pain symétrique et un bâton de rouge à lèvres découvert dressé. La production de "I'm Still Standing" montre un homme qui a battu ses démons mais qui, sans s'excuser, a su rester le même.
 

Dans l'intervalle, nous avons entendu un sérieux "I Want Love", "Tiny Dancer" (un voyant "Love Hotel" illuminé descendant des cintres), "Don't Let The Sun Go Down On Me" (alors que des danseurs sur l'écran illustrent des scènes de violence domestique, l'écran de télévision de leur salon montrant une vidéo live d'Elton, fournissant un fond sonore à leur tracas) et une pièce de résistance politiquement incorrecte sous la forme d'une Pamela Anderson, presque nue, dansant telle une streap-teaseuse autour d'un mât sur "The Bitch Is Back" ce qui, d'une certaine façon, semble juste être la bonne narration pour la réémergence d'un gay connu mondialement dans le rôle d'un modèle pour des millions d'individus.
 

Elton montre pourquoi il est la quintessence du musicien solo, interprétant "Candle In The Wind" sans groupe devant l'écran montrant un sosie de Marilyn Monroe jouant des scènes de tristesse et de solitude. Le " Piano Man " original était en bonne forme en interprétant un "I Guess That's Why They Call It The Blues" emprunt de… Blues alors qu'il s'affaire sur l'écran vidéo le montrant faire sa sérénade en photos.

Mais c'est certainement les deux chansons qui ont le plus encouragé la participation du public qui resteront les plus mémorables. Il y a "Pinball Wizard" qui a fait sursauter, alors qu'une balle de flipper gargantuesque suspendue à une corde touche la scène dans un bruit sourd et que des immenses ballons à l'effigie d'Elton en 1979, à l'époque de "Mama Can't Buy You Love", tombent sur le public dont les membres ne vont pas se faire prier pour s'amuser à les faire rebondir d'un endroit à l'autre. Un film montrant les plus grands excès de Las Vegas explose dans le fond de la scène. Puis il y a "Saturday Night's Alright For Fighting," avec ses images satyriques de jeunes gens riches se combattants en dansant sur le film alors qu'une fête réelle au moins aussi grande à lieu dans la salle avec un lâcher de confettis dans le publique et quelques chanceux dans les premiers rangs qui sont invit
és à monter danser sur la scène.
 

Le dernier numéro menaçait d'être encore plus spectaculaire et risquait de faire beaucoup de bruit, mais quelque chose d'autre est arrivé. Les fameux employés de scène, toujours en salopettes blanches, gonflaient à la main des lettes rouges rubis "L", "V" et "E" mais ne réussissant pas deux soirs de suite à faire se lever le "O" du sol, l'agrippant pour enlever la voyelle récalcitrante de la vue du publique alors que le nom lu précédemment "Love Hotel" réémergeait avec précaution du dessus pour prendre place. Soudain, le son remplaça la vidéo et nous entendîmes des sons du passé: des personnalités de la télévision commentant la longévité et la réussite d'Elton ainsi que de sa myriade de hits; Elton commentant sa vie en interviews; Scott Muni, de la chaîne WNEW, s'exclament au sujet des 400'000 personnes attendant Elton sur la grande pelouse de Central Park lors d'un samedi après-midi ensoleillé de septembre 1980. Les satellites bipaient, le tonnerre grondait et l'humilité tombait en miettes alors qu'Elton revenait avec son micro à la main afin, d'une manière pas du tout Eltonesque, d'exhorter son publique à se délecter de son talent et de son charisme.

"Elton John Week-end!" grogna t'il aux grosses nuques en face de lui.

"Elton John! Yeah!"

Est-ce vraiment Elton John? Celui qui refusait de déclarer en 1970 qu'il allait devenir la plus grande attraction des année soixante-dix ? Celui qui préférait louer les vertus musicales d'Elvis Costello plutôt que les siennes en acceptant un trophée aux UK Capitol Radio Awards en 1978 ? Celui qui se définissait lui-même "de seconde catégorie" à côté de Michael Jackson ? Ou alors as t'il adopté la philosophie de Muhammad Ali: Une personne sachant citer ses propres qualités en publique avec intelligence, habileté et inspiration, malgré une personnalité ouverte et amicale.

"Yeah!" hurlait Elton et "Yeah!" criait en retour le public.

Le son et même quelques notes d'introduction de "Funeral For A Friend" mirent fin de manière abrupte à ce passage et Elton, calmement, s'assit sur son tabouret rouge. Ce vendredi soir, il a essayé de résumer ce qui s'était passé lors des 90 minutes précédentes.


"C'
était moi" explique t'il, se référent aux excès qui se sont envolés auparavant. "C'est moi aujourd'hui" ajoute t'il alors que la quiétude est revenue dans le Colosseum. Il remercie son publique pour son soutient durant toutes ces années et, lui souhaitant le meilleur, il se lance dans une version solo intimiste de "Your Song".

Le
spectacle ne dure que 90 minutes, à peine de quoi faire transpirer un peu Elton. Il a varié ses vêtements avec modération, conservant le même queue-de-pie noire en ne variant que la couleur de ses chemises: rouge, puis pourpre, ensuite argent, ensuite rose poudré, etc… Mais l'énergie, la mise en scène et la beauté de la soirée, mélangés à la musique et aux effets visuels, ont encore plus contribué à la rendre si courte.


Apparemment, le nombre de soirées d'Elton à Las Vegas en 2004 a augmenté de 25 à 41. En considérant la presse favorable que 'The Red Piano' a généré, il semble qu'il est en passe de devenir une institution du nouveau Las Vegas, alors qu'Elton essaye toujours de garder sous la main ses
autres projets: L'album Rock, les comédies musicales, les œuvres philanthropiques et peut-être bien d'autres projets encore dont nous n'avons pas encore entendus parler…
 

Texte reproduit avec l'aimable autorisation d'Elizabeth J. Rosenthal, auteur du livre "His Song, The Musical Journey of Elton John"
Traduction: © 2004 Patrick Andrey - Made In England

La set-list de Las-Vegas:

Bennie And The Jets
Philadelphia Freedom
Believe
Daniel
Rocket Man
I Guess That's Why They Call It The Blues
Tiny Dancer
Don't Let The Sun Go Down On Me
I Want Love
Candle In The Wind
Pinball Wizard
The Bitch Is Back
I'm Still Standing
Saturday Night's Alright (For Fighting)
Your Song

     

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