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Par
Elizabeth J. Rosenthal
"The Red Piano est aussi grand et effronté que le talent musical colossal
d'Elton John."
"Principalement
autobiographique, The Red Piano explique au courrant constant des
représentants de la masse dominante de l'Amérique et aux amateurs de
strass du monde entier, tous ceux qui passent continuellement par Vegas,
les réussites d'Elton John, ses talents, sa personnalité, ses combats
personnels, et son humour".
"The Red Piano démontre
qu'"Elton John" est une marque, et pas n'importe laquelle. Dans un monde
largement sans passion, de musique populaire sans couleur, les mélodies
constamment mémorables et évocatrices d'Elton John sont des Mercedes-Benz
en comparaison de ses collègues inférieurs Hyundai."
"Avec The Red Piano, Elton John
perd finalement son humilité publique et reçois le crédit qu'il mérite
pour être le phénomène qu'il est devenu."
"The Red Piano emporte le public dans une course folle, décadente,
nombriliste, hautement émotionnelle, qui n'est pas sans rappeler les 20
premières années d'Elton John dans le Rock'n'roll, mais qui se termine
dans le songe paisible du musicien qui porte un regard sur sa sobre vie
actuelle."
"The Red Piano n'est pas vraiment un concert, mais une interprétation
pop-art par David LaChappelle de la vie et de la carrière d'Elton John
avec son sujet principal, Elton lui-même, qui occupe le centre de la scène
afin d'illustrer les meilleurs moments de sa carrière."
J'aurais
pu commencer mon compte rendu des deux premiers spectacles d'Elton
de sa série au Caesars Palace intitulée 'The Red Piano' avec
n'importe laquelle des introductions ci-dessus. Mais
puisqu'elles sont toutes très appropriées, j'ai décidé de
commencer ce petit essai avec chacun d'eux.
Après avoir traversé le
Caesars Palace, apperçu ses tables de
Blackjack et ses
machines à sous, on se retrouve dans la grande salle du
Colosseum.
Avant le début du spectacle, tous les instruments du groupe, à
part le piano d'Elton, sont visibles sur la scène faiblement
éclairée. Ils sont entourés par des néons éteints qui,
semble-t-il, vont avoir un rôle dans le déroulement de la
soirée, annonçant des choses comme la Zone du plaisir ou les
salles du Jacuzzi. Une toile géante couvre quelque chose situé
vers le devant de la scène. Tout à coup, un groupe de personnes,
vêtues de salopettes blanches et coiffées avec une sorte de
casque de mineur blanc équipé d'une lampe frontale, se rue des
coulisses vers la toile et l'enlève frénétiquement, révélant un
grand piano rouge, flanqué de son siège assorti, et la
plateforme en forme d'étoile blanche dans le style du Hollywood
Walk of Fame, sur laquelle ils sont installés.
Rapidement, les membres du groupe d'Elton, sans la tête
d'affiche, vont être aperçus marchants vers leurs instruments.
Des sons familiers s'élèvent dans le Colosseum, des claquements
discordants et des coups sourds qui n'avaient plus été entendus
depuis la tournée américaine de 1989. Cela formait rapidement un
riff métallique accompagnant "Bennie And The Jets", qui ouvrait
cette tournée lointaine, à une époque où Elton avait perdu tout
contact avec la sobriété et une vie mesurée et progressive.
Après quelques secondes, la star émerge finalement, portant des
lunettes de soleil comme celles de 1989. Mais au lieu de porter
un costume Versace ressemblant à une tente et un chapeau
incrusté de brillants multicolores comme ce fut le cas à
l'époque, il portait, ce vendredi soir 13 février, un
queue-de-pie noir signé Yohji Yamamoto, accentué par du tissu
rouge derrière les épaules, une blouse flottante rouge et une
coupe de cheveux en pointes. Il a aidé à accentuer encore
l'excitation ambiante en trottant d'un bon pas puis en
s'accroupissant et en pointant dans le public quelques
spectateurs bien habillés puis en répétant cette routine au
moins deux fois avant d'enfin atteindre son piano, de s'asseoir
et de se lancer dans l'un de ces accords familiers qui prennent
aux tripes, que des gens du monde entier peuvent identifier dans
la seconde, et appartenants à "Bennie".
Voici donc l'une des principales raisons d'être du titre du
spectacle. Elton ne laisse jamais son piano tranquille. Pour
chaque interlude nonchalant, il y a au moins deux solos
enflammés qui, si la physique le permettait, transformeraient
certainement son piano en instrument de l'enfer. "Bennie", avec
déjà une nouvelle fin rallongée, grâce à des accents jazzy, est
la première chanson de la soirée à transformer le piano d'Elton, déjà rouge, en ruines calcinées.
L'œuvre
de David LaChappelle pour "Bennie" a été assez mesurée: De
gigantesques lettres en néon clignotantes formant le mot "ELTON".
Ensuite, les choses deviennent progressivement plus complexes et
accrocheuses. "Philadelphia Freedom" amène le premier film
colossal de la soirée avec l'Empire
State Building décollant telle une fusée dans un mélange
psychédélique d'images des seventies emplissant l'écran. Parmi
celles-ci, des images répétées de Billie Jean King dansant
joyeusement sur la scène du Dodgers Stadium, en octobre 1975.
Cette version de la chanson neo-disco n'est pas différente
d'autres entendues récemment, à part que l'excellente acoustique
du Colosseum offre à chaque chorde synthétique, à chaque accord
de guitare et chaque note du piano rouge une sonorité parfaite,
un véritable hommage au son.
Elton note ensuite que, dans un passé ancien, il avait "édité"
(supprimé) un verset de "Daniel" qui expliquait tout le sens de
la chanson. Ce vendredi, il a présenté le prochain film de
LaChappelle comme "l'une des plus belles choses que je n'aie
jamais vues". S'en suit une version muscle et bondissante de
"Daniel" alors que l'écran arrière projète le film le plus
émouvant de la soirée, dans lequel un jeune homme au doux visage
est allongé sur un lit de camp, respirant doucement alors qu'il
rêve de sa vie avant la guerre. Alors qu'il vit ce qui est
clairement montré
comme le conflit du Vietnam, il est recouvert de suie, entaillé
par des coupures et marqué par de sérieuses blessures jusqu'à ce
que, finalement, il disparaisse de son lit et que les images
d'un service
funéraire et des croix du cimetière national d'Arlington
suggèrent ce qui s'est passé.
"Believe", dont Elton a
dit de manière prévisible que son thème est ce dont le monde a
le plus besoin: L'amour (ceci dit l'un des thèmes récurrents de
la soirée) est représenté par un film en noir et blanc avec des
roses sépias équilibrées par des roses rouges géantes gonflables
se déployant aux extrémités de la scène.
"Rocket Man" est un autre grand moment du show, mixant les
accords plaintifs d'Elton transformés en une démonstration
empreinte de blues avec une version ralentie du clip réalisé par
LaChappelle pour "This Train Don't Stop There Anymore" avec
Justin Timberlake jouant Elton le Rocket Man, évidemment. Pour
la première fois, la chanson "Rocket Man" raconte l'histoire de
la célébrité d'Elton et des risques d'embrouilles que la drogue
a semées sur son chemin. L'apogée arrive quand Justin/Elton pose
et cabotine presque sans fin devant l'objectif d'un photographe
alors que le véritable Elton d'aujourd'hui lâche des accords
tristes qui se lamentent avec colère sur ce qui est advenu de
l'ancien Reg.
Si "Rocket Man" prédit la mort des excès pour d'Elton, "I'm
Still Standing" prouve son ressort remarquable.
Face à un montage hyper excitant d'images des année 70, 80 et
90, Elton et son groupe martèlent dans un numéro résolument
optimiste
alors que le personnel de scène, toujours vêtu de salopettes
blanches et coiffé avec leurs casques de mineurs, "stimulent"
des nouvelles formes gonflables, la plupart de nature phallique:
Une banane debout prise en sandwiche entre deux cerises aux
tiges intactes, une banane pelée prête à être mangée, un cornet
de glace avec son cône pointant vers le ciel dérangé uniquement
par l'extrémité d'une cigarette éteinte, un hot-dog de forme
parfaite, délicatement enlacé par de la moutarde dans un pain
symétrique et un bâton de rouge à lèvres découvert dressé. La
production de "I'm Still Standing" montre un homme qui a battu
ses démons mais qui, sans s'excuser, a su rester le même.
Dans l'intervalle, nous avons entendu un sérieux "I Want Love",
"Tiny Dancer"
(un voyant "Love Hotel" illuminé
descendant des cintres), "Don't
Let The Sun Go Down On Me" (alors que des danseurs sur l'écran
illustrent des scènes de violence domestique, l'écran de
télévision de leur salon montrant une vidéo live
d'Elton, fournissant un fond sonore à leur tracas)
et une pièce de résistance politiquement incorrecte sous la
forme d'une Pamela Anderson, presque nue, dansant telle une
streap-teaseuse autour d'un mât sur "The Bitch Is Back" ce qui,
d'une certaine façon, semble juste être la bonne narration pour
la réémergence d'un gay connu mondialement dans le rôle d'un
modèle pour des millions d'individus.
Elton montre pourquoi il est la quintessence du musicien solo,
interprétant "Candle In The Wind" sans groupe devant l'écran
montrant un sosie de Marilyn Monroe jouant des scènes de
tristesse et de solitude. Le " Piano Man " original était en
bonne forme en interprétant un "I Guess That's Why They Call It
The Blues" emprunt de… Blues alors qu'il s'affaire sur l'écran
vidéo le montrant faire sa sérénade en photos.
Mais c'est certainement les deux chansons qui ont le plus
encouragé la participation du public qui resteront les plus
mémorables. Il y a "Pinball Wizard" qui a fait sursauter, alors
qu'une balle de flipper gargantuesque suspendue à une corde
touche la scène dans un bruit sourd et que des immenses ballons
à l'effigie d'Elton en 1979, à l'époque de "Mama Can't Buy You
Love", tombent sur le public dont les membres ne vont pas se
faire prier pour s'amuser à les faire rebondir d'un endroit à
l'autre. Un film montrant les plus grands excès de Las Vegas
explose dans le fond de la scène. Puis il y a "Saturday Night's
Alright For Fighting," avec ses images satyriques de jeunes gens
riches se combattants en dansant sur le film alors qu'une fête
réelle au moins aussi grande à lieu dans la salle avec un lâcher
de confettis dans le publique et quelques chanceux dans les
premiers rangs qui sont invités à
monter danser sur la scène.
Le dernier numéro menaçait d'être encore plus spectaculaire et
risquait de faire beaucoup de bruit, mais quelque chose d'autre
est arrivé. Les fameux employés de scène, toujours en salopettes
blanches, gonflaient à la main des lettes rouges rubis "L", "V"
et "E" mais ne réussissant pas deux soirs de suite à faire se
lever le "O" du sol, l'agrippant pour enlever la voyelle
récalcitrante de la vue du publique alors que le nom lu
précédemment "Love Hotel" réémergeait avec précaution du dessus
pour prendre place. Soudain, le son remplaça la vidéo et nous
entendîmes des sons du passé: des personnalités de la télévision
commentant la longévité et la réussite d'Elton ainsi que de sa
myriade de hits; Elton commentant sa vie en interviews; Scott
Muni, de la chaîne WNEW, s'exclament au sujet des 400'000
personnes attendant Elton sur la grande pelouse de Central Park
lors d'un samedi après-midi ensoleillé de septembre 1980. Les
satellites bipaient, le tonnerre grondait et l'humilité tombait
en miettes alors qu'Elton revenait avec son micro à la main
afin, d'une manière pas du tout Eltonesque, d'exhorter son
publique à se délecter de son talent et de son charisme.
"Elton John Week-end!" grogna t'il aux grosses nuques en face de
lui.
"Elton John! Yeah!"
Est-ce vraiment Elton John? Celui qui refusait de déclarer en
1970 qu'il allait devenir la plus grande attraction des année
soixante-dix ? Celui qui préférait louer les vertus musicales
d'Elvis Costello plutôt que les siennes en acceptant un trophée
aux UK Capitol Radio Awards en 1978 ? Celui qui se définissait
lui-même "de seconde catégorie" à côté de Michael Jackson ? Ou
alors as t'il adopté la philosophie de Muhammad Ali: Une
personne sachant citer ses propres qualités en publique avec
intelligence, habileté et inspiration, malgré une personnalité
ouverte et amicale.
"Yeah!" hurlait Elton et "Yeah!" criait en retour le public.
Le son et même quelques notes d'introduction de "Funeral For A
Friend" mirent fin de manière abrupte à ce passage et Elton,
calmement, s'assit sur son tabouret rouge. Ce vendredi soir, il
a essayé de résumer ce qui s'était passé lors des 90 minutes
précédentes.
"C'était moi" explique t'il, se référent aux excès qui se sont
envolés auparavant. "C'est moi aujourd'hui" ajoute t'il alors
que la quiétude est revenue dans le Colosseum. Il remercie son
publique pour son soutient durant toutes ces années et, lui
souhaitant le meilleur, il se lance dans une version solo
intimiste de "Your Song".
Le spectacle ne dure que 90 minutes,
à peine de quoi faire transpirer un peu Elton. Il a varié ses
vêtements avec modération, conservant le
même queue-de-pie noire en ne variant que la couleur de ses
chemises: rouge, puis pourpre, ensuite argent, ensuite rose
poudré, etc… Mais l'énergie, la mise en scène et la beauté de la
soirée, mélangés à la musique et aux effets visuels, ont encore
plus contribué à la rendre si courte.
Apparemment, le nombre de soirées d'Elton à Las Vegas en 2004 a
augmenté de 25 à 41. En considérant la presse favorable que 'The
Red Piano' a généré, il semble qu'il est en passe de devenir une
institution du nouveau Las Vegas, alors qu'Elton essaye toujours
de garder sous la main ses autres projets: L'album Rock, les
comédies musicales, les œuvres philanthropiques et peut-être
bien d'autres projets encore dont nous
n'avons pas encore
entendus parler…
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