
Elton le
“seigneur” du château
Samedi soir, à
Stuttgart, dans un cadre somptueux, le roi de la pop a enchanté près de dix
mille personnes avec près de trois heures d'un brillant concert.
par Sacha Wicki
Le
dilemne de tout concert en "open-air" est d'être dérangé et perturbé
par la pluie. Ce ne fut pas le cas samedi dans la cour du magnifique nouveau château
de Stuttgart. Là, habillé sobrement (pantalon noir, chaussures vernies,
T-shirt blanc et veste multicolore), Elton John est arrivé sur scène à 19
heures pile, comme annoncé, et a démarré un concert-marathon pour le plus
grand bonheur des 10'000 spectateurs.
Pourtant,
les nuages étaient de la partie, avec même une menace d'orages. Ce n'est
qu'après une heure un quart, alors qu'Elton entamait son émouvant hommage au
Beatle disparu, "Empty Garden", qu'un coup de vent a parsemé, puis
effacé toute trace de mauvais temps... John Lennon veillait là-haut et ne
voulait pas que le rendez-vous d'amour de son ami avec son public ne soit gâché.
C'est en
tout deux heures cinquante d'un spectacle mémorable avec de nombreux moments d'émotion
et de liesse. "Your Song", toujours aussi majestueux, ouvrit la
marche. Suivirent "The Greatest Discovery", "Someone Saved My
Life Tonight", particulièrement prenant, "Border Song",
"Daniel" et ce morceau assez inconnu et pourtant magnifique,
"Harmony". Ensuite, le rock s'empara du public et du maître avec
"Honky Cat", délirant morceau de sept minutes, puis le troublant
"Rocket Man" et "Tiny Dancer". Après avoir touché la main
de quelques fans, signé quelques pochettes de disques et reçu de belles
fleurs, Elton se remit au piano et lança un endiablé "Philadelphia
Freedom". Le titre suivant fut une vraie surprise : "Nikita". Il
joue ce morceau en remplacement de "Better Off Dead" depuis le premier
soir de la partie européenne de sa tournée solo. Mais à ma grande surprise,
cette belle balade fut une vraie réussite en solo. Alternant sur deux octaves
(eh oui... il n'a plus la voix qu'il avait dans les seventies), il nous a servi
un très bon moment.
Vinrent
alors "Sacrifice", balade intemporelle, puis "Sorry Seems To Be
The Hardest Word" et "I Guess That's Why They Call It The Blues",
morceau qu'Elton doit interpréter quasiment lors de toutes les tournées, me
semble-t-il. Mais le concert atteint son paroxysme quand, avant après avoir
magnifié "Ticking", il reste sombre et évoque la mort de ces jeunes
fans qui sont allés écouter leur groupe de rock préféré la veille à
Copenhague. "C'est si triste de
mourir en allant écouter son groupe préféré. Nous pensons très fort à
leurs familles. Que Dieu les bénisse" et il démarra l'instrumental
"Carla/Etude" et le mélodieux "Tonight". Durant le long
instrumental clôturant ce morceau, j'avais l'impression que toute l'assistance
était en prière pour ces jeunes, les yeux étaient bas et les visages sérieux.
C'était troublant, mais tellement beau.
"Burn
Down The Mission", qui fait partie de mes morceaux préférés depuis
longtemps, a été totalement mystifié et se finira par un magnifique délire
pianistique dont seul Elton en a le secret. En fait, j'attendais également avec
impatience LE morceau en "live" qui me fait toujours chaud au coeur,
"Empty Garden". Je devais donc attendre "The One" et
"Blue Eyes", ce dernier n'étant à mon avis pas un titre à interpréter
dans cette tournée. Sur le grand écran surplombant la scène, de belles images
de John Lennon et d'Elton rendaient le morceau encore plus intense. Notre cher
Elton démarre alors une intro endiablée qui annonce avec maestria le
tonitruant "Take Me To The Pilot". Les amateurs de rock allaient être
aux anges avec "Crocodile Rock", qui fera se lever toute l'assistance
(qui me semblait assez froide au début) pour entonner le refrain avec lui. Les
spectateurs restèrent debout pour "Don't Let The Sun Go Down On Me"
et Elton salua Stuttgart, puis s'en alla. Avec près de cinq minutes
d'applaudissements ininterrompus, il remonta sur scène et, démarrant
"Circle Of Life", les belles images du film de Disney apparaissèrent
sur le grand écran. La plupart des gens étaient encore debout et ils le
resteront pour l'extraordinaire "Bennie And The Jets" qu'Elton jouera,
non sans avoir revêtu un survêtement bleu. Un dernier adieu au public avec
"Candle In The Wind" et nous repartîmes heureux d'avoir passé trois
heures en compagnie du maître.
Ce
concert me laisse à penser qu'en fait, la vraie communion entre le public et
l'artiste réside dans ce genre de soirée : vingt-sept chansons, un piano, un
artiste, et l'assistance. Qu'importe le nombre de spectateurs, l'alliance
magique de ces ingrédients fera merveille. Un bonheur pur et simple qui ne
demande qu'à être renouvelé. Et très vite.
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