Londres, Wembley Arena
le 3 juillet 2004
 

Par Patrick Andrey

"Un rêve de fan enfin devenu réalité"

Elton John est décidément un interprète d’exception. Après plus de 35 ans de carrière, ayant joué dans les lieux les plus prestigieux de la planète, il trouve encore et toujours le moyen de se renouveler sur scène, pour son plus grand plaisir... et le nôtre.

En effet, après avoir donné des milliers de concerts avec son groupe, en « double affiche » (avec Billy Joel par exemple) ou, de manière plus intimiste, en solo (ou avec Ray Cooper), il sort maintenant la grosse artillerie avec un orchestre symphonique et un chœur.

C’est pour ça que nous pouvons nous considérer comme des fans gâtés. Quel artiste peut s’enorgueillir d’offrir une telle versatilité en concert ? C’est là toute sa force : Quelle que soit la forme, Elton John privilégie toujours le fond en offrant toujours des prestations solides. Il peut tenir une salle en haleine pendant près de trois heures avec son seul piano alors qu’avec son groupe, il offre des moments de pur bonheur grâce aux talents individuels de ses musiciens.

Avec un orchestre  symphonique c’est malheureusement bien plus rare car ça se résume à quelques concerts donnés au début des années soixante-dix, à une tournée australienne (dont le somptueux « Live in Australia » fut tiré) au milieu des année quatre-vingt, et à un concert de charité donné au Royal Opera House à la fin 2002.

C’est pourtant dans cette dernière variante qu’Elton a donné ce mois une série de concerts intitulés « Summer orchestral shows » en Angleterre et à New York.

J’ai eu la chance d’assister au concert du samedi 3 juillet à la Wembley Arena de Londres. Pour un fan, c’était un rêve qui devenait enfin réalité. Voici le compte-rendu d’une soirée qui restera gravée dans ma mémoire.

***


Si si, nous sommes bien un 3 juillet !!!

Ce samedi 3 juillet est une journée mi-figue, mi-raisin à Londres. La météo n’est pas au beau fixe et la pluie n’épargne pas la capitale britannique, comme pour rappeler aux touristes où ils se trouvent.

Qu’importe, la ville est toujours aussi attrayante et c’est un plaisir de faire du shopping et de flâner dans les rues, de monter dans un bus à impériale ou de descendre dans le métro (Mind the gap !).


So British...

Dans l’après-midi, je tombe sur des groupes plutôt «gai» et je m’aperçois que d’autres convergent vers Trafalgar Square. Et pour cause : C’est la "Gay Pride" Londonienne ! Ce fut un instant très drôle de me retrouver au milieu des Drag-Queens et autres créatures, toutes plus hautes en couleurs les unes que les autres, qui étaient là pour revendiquer et s’amuser, toujours prêts à poser pour les photographes en goguette.

Vers 17 heures, je me suis enfin rendu à Wembley, qui est quand même à une petite demi-heure du centre de Londres en train.


Arrivée à Wembley. A l'arrière-plan, le nouveau stade de Wembley en construction.

Il faut dire que je n’avais pas reçu mon billet et que je devais le retirer au guichet. C’est d’ailleurs avec un certain manque de flegme que j’ai réagi alors que l’employé ne trouvait pas mon précieux sésame. Évidement, en cherchant par mon prénom alors que les billets étaient rangés par noms… Enfin, après cet épisode tragi-comique et une bonne douche prise dans mon hôtel situé à deux pas de la salle, j’étais fin prêt à assister à ce fameux concert tant attendu.

Première impression : La Wembley Arena n’est pas aussi grande que je pensais. C’est une ancienne salle qui servait de piscine avant d’être transformée en salle de spectacles.

Je précise que je n'ai pas pris de photos du concert pour la simple et bonne raison que j'avais laissé mon appareil à l'hôtel. En effet, je n'avais pas envie de me le faire ramasser par la sécurité... Et je m'en suis voulu. Non seulement la fouille à l'entrée était très sommaire mais en plus tout le monde avait son petit appareil photo... à part moi (Grrrr).

Après avoir gagné ma place, située au vingt-et-unième rang du bloc A4, c'est-à-dire en face d’Elton, je me suis plongé dans le somptueux programme de la tournée, certainement l’un des plus beaux que je n’aie vu. Elton y parle d’une chanson de son prochain album qu’il va interpréter ce soir. Je prends cette nouvelle avec des pincettes car, ayant lu les set-lists des concerts précédents, il n’y avait pas de nouvelle chanson y figurant.

20 heures : Les musiciens de l’orchestre entrent en scène. Les lumières s’éteignent et Elton fait son apparition, vêtu d’un beau costume noir à paillettes, d’une chemise bleue du plus bel effet et de lunettes assorties.

Après une brève introduction de sa part (Elton expliquant en quelques mots le concert et les arrangements), ce fut le splendide « Sixty Years On » qui ouvrit le bal. Outre l’introduction impressionnante des violons bourdonnants, c’est le premier solo de la fragile harpe qui tint la salle en haleine. Quelle sensation d’entendre enfin ce morceau en live par mes propres oreilles. Un frisson me traverse le corps quand la voix chaude d’Elton se met à entonner le premier couplet. Ça y est, ce concert auquel j’avais tant rêvé se déroulait enfin devant moi, et de quelle manière !

Je suis immédiatement impressionné par ce «mur de son» qui s’élève devant moi, la musique me pénètre, vibre au plus profond de moi, c’est une sensation unique.

Vint ensuite « The Greatest Discovery ». Là aussi, la harpe est accompagnée des violons puis des flûtes. Ce morceau est réellement superbe avec l’orchestre et je n’ai pas honte de dire que vers le milieu, des larmes coulaient sur mes joues, j’étais tellement heureux d’assister à ça !

Lors du morceau suivant, « I Need You To Turn To » un petit incident rare se produisit, Elton débutant la première phrase “You're not a ship” trop tôt. Il dut se rattraper en la rechantant immédiatement là où il aurait dû le faire pour reprendre le fil normal de la chanson. Mis à part ce petit incident, ce fut également une superbe version de la part d’Elton et de l’orchestre.

J’ouvre une petite parenthèse pour souligner un fait particulier. Je trouve qu’Elton soigne de mieux en mieux son phrasé en concert. C’est le reproche que certains lui faisaient et aujourd’hui il prend vraiment la peine d’articuler ses mots et de les finir de manière audible, s’en est presque déroutant quand on a l’habitude d’un mot dont la fin est presque muette de l’entendre enfin distinctement, surtout en chantant en même temps que lui ;o)

Les première notes de piano annoncèrent ensuite « Border Song ». Ce morceau permet d’entendre le chœur, discret pour l’instant, pour la première fois.. En outre, c’est également sur ce titre que le groupe d’Elton fait son entrée. Quand les chœurs, l’orchestre symphonique, Elton et son groupe jouent et chantent ensemble, l’impression de puissance dégagée est impressionnante.

Après les applaudissements nourris du public, alors que le silence est revenu dans la salle, un spectateur hurle quelque chose à Elton depuis les gradins à gauche. Elton répond un « Thank you Tony Blair » qui fait bien rire l’assistance.

 S’ensuit « The King Must Die » dont l’intro pianistique d’Elton est toujours aussi puissante. Quel plaisir d’entendre ce morceau si rare en concert. La batterie de Nigel est excellente et la voix d’Elton parfaite, rien à voir avec le « Live in Australia ».

Je reconnais ensuite les premiers accords de « Burn Down The Mission », un morceau aussi accompagné par les chœurs de l’Académie royale de musique. Ça devient une véritable torture de devoir rester sagement assis sur mon siège alors que des morceaux aussi excitants sont joués sous nos yeux. Le piano d’Elton semble ensorcelé durant les solos et le final est tout simplement époustouflant… « Burn It Down ».

Le rythme se calme un peu avec « Believe », rare morceau récent de la soirée. Il faut dire qu’avec ses arrangements de Paul Buckmaster, ce titre de « Made In England » convient à merveille à ce genre de formation. Ce fut également un vrai régal, même si j’avais imaginé qu’ils rallongeraient un peu le final orchestral, ce qui ne fut pas le cas.

Une superbe intro à la harpe pour annoncer « Come Down In Time » dans une version tout en douceur de la part d’Elton et de superbes effets de la part de John Mahon et de ses diverses percussions. La guitare sèche de Davey fut également excellente sur ce morceau de velours.

Le morceau suivant sera nettement plus rythmé puisqu’il s’agit d’un inédit en live, tiré de « Captain Fantastic and the Brown Dirt Cow-Boy », le très funky « Tell Me When The Whistle Blows ». Une réelle réussite grâce à ce son typique de Philadelphie, une guitare excellente et le son si typique du synthé sur ce morceau. Assurément un des grands moments de la soirée pour les fans.

L’album « Madman Across The Water » sera ensuite à l’honneur avec, pour commencer, « Tiny Dancer » et la guitare de Davey qui se lance dans des effets très « whoua-whoua ». Les chœurs et de superbes flûtes seront également de la partie pour cette superbe version d’un des grands classiques d’Elton John.

C’est une version magistrale de « Madman Across The Water » qui va suivre avec, là encore, des parties de guitare exceptionnelles de la part de Davey Johnstone qui est décidément très en forme. La voix d’Elton est réellement impressionnante de puissance dans ce morceau et l’orchestre symphonique excellent : encore un titre d’anthologie pour les fans qui sont décidément à la fête cet été.

C’est « Holiday Inn » qui vint ensuite, dans une version très classique avec une simple intro à la mandoline et la voix d’Elton avant que les chœurs ne fassent monter l’intensité d’un cran. L’étape suivante fut franchie avec l’orchestre symphonique et un superbe solo de violon.

Ce fut ensuite au tour de « Levon » d’entrer en scène dans une version très classique et efficace dont les points forts furent une ligne de batterie excellente, l’orchestre symphonique très dynamique et un final endiablé d’Elton à son piano.

Après la longue présentation de ses musiciens, du chœur et de l’orchestre symphonique, Elton présenta James Newton Howard et son travail. Il fit ensuite une bonne blague à son sujet, ce qui le fit bien rire, ainsi que le public, alors qu’il entamait les premières notes de « Sorry Seems To Be The Hardest Word ». Il était rieur durant toute la première partie du morceau, souriant à ses musiciens après chaque couplet, comme s’il allait attraper un fou rire. Ce ne fut (hélas ?) pas le cas et nous eurent encore droit à une bien belle version, soutenue par les « backing vocals » du groupe d’Elton.

Le deuxième (et dernier !) morceau récent de la soirée vient ensuite. Rien de spécial à dire au sujet de ce « This Train Don’t Stop There Anymore » interprété de manière très propre. Je n’arrive malheureusement toujours pas à m’accrocher à ce wagon, mais je sais que d’autres adorent ce morceau, il en faut pour tous les goûts.

Heureusement, « Philadelphia Freedom » et sa rythmique étourdissante vinrent me réveiller. Nigel Olsson fait parler la poudre et Davey Johnstone nous gratifie toujours d’excellents petits riffs sur ce titre. Dommage toutefois que l’acoustique limitée de la salle ne permit pas un meilleur rendu. Un grand moment quand même…

Un autre grand moment du « Live In Australia » fut recréé avec « Have Mercy On The Criminal » grâce à la guitare endiablée de Davey, à l’orchestre symphonique et à la solide voix d’Elton qui rendirent ce morceau mémorable.

Un interlude instrumental de toute beauté s’en suivi avec les superbes « Carla – Etude » qui permirent à Elton et à l’orchestre symphonique de déployer tous leurs talents pour jouer ce qui est certainement l’un des morceaux d’Elton John les plus proches de la musique classique contemporaine.

Comme d’habitude, c’est « Tonight » qui est joué dans la foulée dans une version symphonique du plus bel effet. Elton nous montre ici toute l’influence que le classique a eu sur son répertoire.

Les fans s’étant approchés du devant de la scène pour le final, c’est à quelques mètres d’Elton que j’allais vivre la fin du spectacle et le morceau suivant à savoir « Take Me To The Pilot ». Sir Elton nous gratifiant comme à son habitude d’une intro improvisée du plus bel effet sur ce titre. Là encore, l’orchestre symphonique et le groupe d’Elton s’employèrent à délivrer une version étourdissante de ce morceau mythique pour notre plus grand bonheur.

Vinrent ensuite « Saturday Night’s Alright For Fighting » avec une superbe intro de l’orchestre symphonique puis « Don’t Let The Sun Go Down On Me », toute deux dans des versions très classiques mais néanmoins efficaces. 

Pour clôturer cette fantastique soirée, Elton nous dédie une émouvante version de « Your Song », accompagné pour la dernière fois du grand orchestre et de son groupe.

Mes seules déceptions se situent au niveau de l’acoustique de la salle, pas extraordinaire, qui ne permit pas d’apprécier les chœurs à leur juste valeur.

De plus, Elton n’a pas daigné jouer son nouveau titre « Freaks in Love », le réservant à ses fans américains quelques jours plus tard, dommage pour nous !

Mais ne vous méprenez pas, cette soirée restera gravée dans ma mémoire, tant elle fut fabuleuse. Ce fut un rêve de fan enfin devenu réalité. Merci Elton… À quand un concert uniquement symphonique ? (Il faut bien encore avoir des rêves à réaliser non ?).

***

La Set-List

01  Sixty Years On
02
 
The Greatest Discovery
03
 
I Need You To Turn To
04
 
Border Song
05
 
The King Must Die
06
 
Burn Down The Mission
07
 
Believe
08
 Come Down In Time
09
 Tell Me When The Whistle Blows
10
 
Tiny Dancer
11
 
Madman Across The Water 
12  
Holiday Inn
13
 
Levon 
14
 
Sorry Seems To Be The Hardest Word
15    
This Train Don’t Stop There Anymore 
16  
Philadelphia Freedom 
17  
Have Mercy On The Criminal
18
   
Carla – Etude
19
  Tonight 
20
  Take Me To The Pilot 
21
  Saturday Night’s Alright For Fighting
22
  Don’t Let The Sun Go Down On Me
23   Your Song
 

***

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Les articles sur des concerts précédents:

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- le concert de Bercy (2003)
- un reportage sur les concerts de Zurich, l'Olympia & Bercy
- le concert de Zurich (2003)
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- le concert de Nîmes (2003)
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- le concert du Lido (Paris)  (2003)
- un reportage sur la tournée "SFTWC Tour 2002"
- le concert de Montréal (2001)
- le concert de Berlin (2001)
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- le concert de Stuttgart (2000)

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