made in england

Par Christophe Letellier

S'il est un album dont il convient de faire la critique sur ce site c'est bien "MADE IN ENGLAND".

Il marqua à sa sortie le véritable renouveau d'Elton, plus encore qu'avec le précédent  album " The One " qu'il avait réalisé après une cure de désintoxication de plusieurs mois.

Album pas reconnu à sa juste valeur, le succès de la B.O du "Roi Lion" et du titre "Can you feel the love tonight", parus quelques temps auparavant, lui ont certainement portés ombrage.

Cet album marque également le début d'une lente descente de popularité qui se poursuit encore aujourd'hui: Elton est devenu une institution, il remplit toujours les salles mais plus les bacs des disquaires où son catalogue se réduit au fil des mois.

Pourtant, il s'agit d'un album magnifiquement orchestré (comme toujours !) par Paul Buckmaster, accompagné de l'Orchestre de Londres.
Je vous propose d'en étudier (musicalement et textuellement) les titres qui le composent.
Il s'agit là d'une interprétation personnelle qui n'engage que moi, d'autres s'en feront certainement une autre tout à fait valable.

 

BELIEVE

Superbe chanson d'introduction qu'Elton choisira d'ailleurs pour premier single.

Comme je l'avais déjà formulé lors de la critique de "SONGS FROM THE WEST COAST", le choix de la première chanson d'un album est primordial car il en conditionne le reste de l'écoute.

Là encore, le choix est judicieux.

Je me rappelle encore de la première fois où je l'ai entendue: c'était un soir de février 1995. J' étais au volant de ma voiture, la radio allumée, arrêté à un feu tricolore, à attendre qu'il repasse au vert.

Mon attention fut alors attirée par l'intro d'une chanson que je connaissais pas.

Dès le départ, j'ai tout de suite accroché. Cela ressemblait à de la musique classique, douce et grave en même temps.

Peu de chanson vous semblent évidente comme cela dès la première écoute.

Là, tout s'enchaînait harmonieusement et correspondait en tous points à ce j'aimais entendre.

Une petite voix intérieure me glissait que cela pouvait ressembler à Elton (certainement à cette manière de jouer du piano qui ne m'était pas inconnue !) mais je n'en étais pas certain.

Quelques instants plus tard, aux premières paroles chantées, j'en avais la confirmation et ce fût avec un immense bonheur mais aussi un certain soulagement à l'époque (on tenait enfin quelque chose de nouveau après trois longues années d'attente car on ne peut pas légitimement parler de la B.O du Roi Lion comme d'un véritable album).

Dès lors, il fallut que je stoppe mon véhicule sur le parking le plus proche, afin de pouvoir finir d'écouter en toute quiétude le reste de la chanson.

Ce furent quelques minutes de bonheur intense où je me fichais bien de ce qu'il pouvait se passer à l'extérieur.

Rarement, une chanson aura sur moi, je le répète, exercé autant d'effet.

C'est un morceau dense où chaque instrument s'inscrit dans une suite logique et subtile.

Tout d'abord, le violoncelle, accompagnant le piano dans l'intro, est magnifique de force et de gravité.

La montée en puissance est progressive et atteint son apogée avec les violons en milieu de morceau (cette fois, le piano bien que présent, s'efface vis à vis des violons).

Le rythme redescend légèrement dans la deuxième partie puis suivant le même schéma, remonte en puissance jusqu'à ce que Davey et sa guitare électrique entrent en jeu.

On notera l'analogie lors de la répétition d' "I Believe in love" avec (sur le même thème) celle d' "I want love" sur le dernier album.

Dès la fin de son intervention, la chanson s'achève sur un rythme "coulé" et tranquille puis glisse subtilement vers le second titre.

C'est une particularité de cet album qui n'est pas construit sur une suite de chansons ou des rythmes différents mais qui comporte une ossature, un lien logique entre les morceaux.

Cela rappelle quelque part, le déroulement d'un bon film.

Ma note : 8.5 / 10

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MADE IN ENGLAND

Petits cliquetis pour rappeler les usines et la sidérurgie anglaise.

Voilà une chanson qui m'a surprise la première fois que je l'ai entendue: je ne m'attendais pas à ce genre de rythme.

Elton l'a traitée de manière gaie et enjouée allant à contre-courant de l'image que peut donner l'Empire Britannique de l'extérieur: un pays de traditions, sérieux, austère avec ses crises économiques mais qui peut se révéler parfois loufoque.

Elton a certainement voulu mettre en avant ce dernier trait de caractère.

C'est le propre d'Elton de surprendre (même Bernie Taupin avoue que parfois, il était surpris de l'interprétation qu'Elton donnait à ses textes !).

Fait à souligner: sans être un rock pur et dur comme " Saturday Night alright " par exemple, il s'agit de l'une des rares chansons rapides qu' Elton ait écrit depuis des années.

Elle tranche singulièrement avec le reste de l'album mais, contrairement à "Dark Diamond" de "SONGS FROM THE WEST COAST", elle y a toute sa place.

L'intro attaque par  la guitare électrique de Davey et reste omniprésente sur tout le morceau, suivi en retrait par le piano d'Elton.

Le rythme est enlevé du début à la fin, sans baisse de régime.

C'est un festival pour les instruments.

Elle est bien adaptée à la scène (voir le concert de Rio sur la vidéo "Tantrums and Tiaras") comme peut l'être "Take me to the Pilot" ou "I don't wanna go on with you like that".

Malheureusement, et je ne sais pas pourquoi, Elton ne la fait plus figurer dans ses dernières set-list.

 Ma note : 7.0 / 10

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HOUSE

Une chanson qui tranche radicalement avec la précédente, un peu comme "The Ballad Of The Boy In Red Shoes" après "The Wasteland" sur le dernier album.

Autant "Made in England" est électrique, autant "House" est tranquille.

C'est une chanson à caractère autobiographique.

En effet, si l'on connaît un peu l'histoire d'Elton, on se rend vite compte que Bernie y décrit ici ce dernier à travers ses paroles et fait référence à sa résidence privée de Woodside, près de Londres.

Il faut rappeler qu'Elton a remodelé entièrement cette maison à la fin des années quatre-vingt, au moment où il décida de changer de vie en se séparant de nombreux objets devenus inutiles à ses yeux (ou qui pouvaient lui rappeler des mauvais souvenirs de son passé d'alcoolique et de toxicomane), puis en se prenant en main pour accepter une cure de désintoxication.

Il voulu une nouvelle demeure qui soit le symbole de sa nouvelle vie, où il aimerait se retrouver entre deux tournées.

La répétition de "This is my house" (ponctuée même d'un " yeah ! ") tend à prouver qu'il en est très fier.

Elton est très sensible à ce qui l'entoure: il aime les belle choses (Photographies, objets d'arts en tous genres, etc...). Cet environnement l'aide à trouver son équilibre et l'inspiration.

Cette chanson est un hymne à l'homme qu'il est devenu: un homme serein, qui prend le temps de regarder autour de lui (ce qu'il ne faisait plus auparavant, vivant la nuit, les rideaux constamment fermés le jour), d'écouter le vent bercer les feuilles des arbres "Those are the trees, I can hear them breathe", de regarder la pluie tomber derrière une vitre (" And I sit by the window; And I wish I was rain ").

En somme, toute une multitude de petits gestes quotidiens que sa célébrité avait fini par lui faire oublier et qu'il lui fallût réapprendre comme un petit enfant découvrant la vie.

Il prend de nouveau le temps de vivre.

On tient certainement là l'explication de la simplicité de cette chanson: peu d'instruments (piano, harpe), accords simples: tout y est pour se concentrer sur l'émotion.

On ressent bien la sérénité et l'authenticité dans sa voix.

Il ne s'agit pas ici d'un chef d'œuvre musicalement parlant mais d'une chanson sincère où la sensibilité d'Elton transparaît à fleur de peau.

Nul doute qu'il s'agit d'une des chansons qui doit avoir une place particulière dans le cœur d' Elton, au même titre que "Someone saved my life tonight" ou "We all fall in love sometimes" de l' album "CAPTAIN FANTASTIC"

Ma note :  7.0 / 10

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COLD

"Cold" commence sur le même rythme que "House", avec toujours ce même souci de ne pas créer de rupture entre les morceaux de l'album.

C'est une chanson qui paraît sereine de prime abord (belle intro au piano) mais qui glisse rapidement vers un ton nettement plus grave et solennel.

Le thème de l'Amour y est cette fois abordé dans sa version dramatique: l'Amour qui fait mal, qui déchire et qui finit même par détruire dans certains cas extrêmes.

L'Amour c'est à la fois le feu et la glace, le blanc et le noir, le yin et le yang, une puissance émotionnelle incontrôlable qui laisse des traces irrémédiables (les blessures de cœur ne se referment jamais complètement).

Dans la première moitié de la chanson, Elton adopte une mélodie moins dramatique qu'il n'y parait, elle est même assez réconfortante.

Le but est certainement de dédramatiser et de garder un certain optimisme.

Ce n'est que dans la seconde partie que l'on prend conscience d'une certaine détresse crescendo.

La montée en puissance de l'émotion se traduit par une montée dans les notes à la guitare, Davey la fait presque pleurer au point de rupture.

Elton prend alors le relais avec le refrain qui est une complainte désespérée.

Une nouvelle fois, la répétition incessante d' "I'm cold" (avec pour finir "I'm so cold") dans ce refrain finit par créer un climat pesant.

Un intéressant petit solo de piano sous forme d'une cascade de notes vient conclure le morceau.

On peut y voir la symbolique de la décadence morale du personnage de la chanson pour qui tout s'écroule autour de lui sans cet amour.

La voix d'Elton est convaincante mais malgré tout, quelque part, on le sent mal à l'aise avec cette chanson.

Il ne doit pas être évident de chanter la douleur des autres.

Elton a du de nombreuses fois puiser au fond de lui-même pour se résoudre le faire.

Le climat qui  règne dans ce morceau n'est pas sans rappeler celui de l'album BLUE MOVES, l'album le plus noir que les deux comparses aient réalisés à ce jour.

Cependant, "Cold" ne peut pas être considéré de la même veine que les chefs d'œuvres de cet album que sont le fameux, l'incontournable (et premier véritable succès d'Elton en France en 1976) "Sorry seems to be the hardest word" ou du non moins célèbre "Tonight".

C'est une honnête chanson, avec une mélodie propre (peut-être un peu trop même !), qui se laisse écouter mais qui n'arrive pas malgré tout à toucher son but, celui de nous émouvoir véritablement.

Ma note :  6.5 / 10

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PAIN

Cascade de notes sur "Cold", attaque rapide de l'intro sur "Pain", il n'y a pas de temps morts.

On est toujours dans le même schéma de construction.

C'est une chanson qui "attaque", les paroles sont directes, explicites: "Pain is love", " Pain is pure", "Pain is sickness".

Pour parler vulgairement, c'est une chanson qui "rentre dedans".

Faisant suite à "Cold" traitant de la détresse d'une personne, "Pain" donne l'effet d'un coup de fouet! Il faut réagir pour rebondir.

C'est une extrapolation car les paroles sont très différentes de la précédente.

Je dois cependant avouer que ces dernières me laissent un peu perplexes quant à leur compréhension.

Comme parfois avec les textes de Bernie ("Take me to the pilot"), on ne sait pas trop à quoi il fait allusion avec ses métaphores:

Ici, on peut se demander s'il parle de la "Douleur" en général dans le monde ou si à travers elle, il fait fait le portrait d'une entité mystique.

En de nature très ésotérique, on ne serait pas surpris.

Quelques éléments peuvent étayer cette affirmation, notamment dans le couplet suivant:

"Where were you born ?", "In the state of fear", et surtout "How old are you", "Nineteen hundred and ninety four".

Si on se réfère à l'époque de composition de cet album (1994), cela nous ramène à l'an zéro, période de référence pour la naissance du Christ et de la religion chrétienne.

De plus, il est ajouté plus loin: "From the beginning", "In a world without end", "I am the air", "I am Pain".

Vraiment ambiguë. Si quelqu'un a une autre interprétation, qu'il n'hésite pas à en faire part sur le site !

D'une chanson à l'autre, on retrouve, je le dis une nouvelle fois, le même schéma de construction.

En effet, on retrouve une nouvelle fois une répétition à la fin du morceau "I am Pain", tout comme dans "Believe", "Made in England", "House" et "Cold".

Une manière de bien marquer l'esprit de l'auditeur avant que ce dernier quitte la chanson.

Musicalement, la guitare de Davey est omniprésente comme sur "Made in England" (c'est un album qui met très en avant cet instrument).

Si le rythme est plaisant, je la trouve malgré tout un peu trop commerciale.

Elle ne restera pas dans les meilleurs opus de sa production.

Ma note:  6.0 / 10

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BELFAST

Sans conteste, le chef d'œuvre de cet album.

Depuis bien des années, Elton n'avait pas produit une intro aussi développée comme "Funeral for a friend", se contentant le plus souvent de quelques accords au piano pour débuter ses chansons.

Ce qui frappe en premier lieu c'est la reprise de la conclusion de "Believe" comme si ce morceau n'en était en fait que la continuité.

Mais alors dans ce cas, pourquoi l'avoir placée si loin après ?

Il faut trouver la réponse dans un problème d'équilibre d'ensemble.

En effet, il eût été dangereux de placer à la suite deux chansons du calibre qu'elles représentent sans déséquilibrer l'ensemble de l'album et se retrouver ensuite avec une succession de chansons moyennes ou de moindre consistance.

Pour les raisons évoquées plus haut, "Believe" ne pouvait être placée qu'en première position et "Belfast", pour équilibrer plus justement l'ensemble, devait se retrouver au milieu de l'album.

Il s'agit donc d'un choix judicieux et intelligent: ah! il sait y faire notre Elton !!!

Habitué, comme je le signalais un peu plus haut, à voir Elton débuter ses chansons par une intro au piano, là, il bouleverse le schéma habituel: ce n'est pas lui qui tient le premier rôle mais l' Orchestre de Londres pendant une minute et quarante secondes précisément.

C'est un véritable délice pour les oreilles.

Je ne suis pas particulièrement un fervent admirateur de la musique classique mais, comme je l'ai déjà dit dans d'autre critiques (voir celle de "Your Song" version 2002), je me régale d'entendre des versions amples avec orchestres.

Cela apporte un plus indéniable aux chansons d'Elton qui, rappelons-le succinctement, possède une formation classique à la base.

J'ai vraiment ressenti une atmosphère particulière en écoutant ce morceau.

L'intro me fait penser à un travelling de cinéma où l'on survolerait les paysages d'Irlande. Elton veut en quelque sorte nous emmener dans un voyage initiatique où l'on ne serait qu'un spectateur de la réalité.

Au bout d'une minute et quarante secondes, l'intro s'achève tranquillement et complètement, laissant la place au piano seul: une sorte d'atterrissage en douceur.

Ces quelques notes du piano pour annoncer le début de la seconde partie de la chanson sont magnifiques. Elles semblent évidentes et correspondre à ce qui précède.

Elles ne cassent pas l'ambiance, elles la poursuivent.

Cette ambiance est grave, solennelle mais n'apparaît cependant pas fermée.

Les paroles viennent en attester.

Bien évidemment, on ne s'attend pas à des paroles joyeuses quand on a connaissance de ce qui se passe dans la capitale d'Irlande du Nord depuis des années.

Cette ville est souvent mise à feu et à sang.

Mais, si le texte est grave sur bien des points "On a street of right and wrong; In every inch of sadness; Rocks and tanks; Go hand in hand with madness" ou encore "No more enchanted evenings; The pubs are closed; And all the ghosts are leaving". Il comporte tout de même une note positive et d'espoir: "But you'll never let them shut you down".

On peut tout détruire matériellement, asservir humainement, Belfast se relèvera toujours de ses cendres.

Il n'y a pas d'instruments agressif (guitare électrique ou batterie) dans cette chanson.

Peut être pour ne pas rappeler le côté violent des insurrections entre les différentes oppositions religieuses catholiques et protestantes.

L'émotion est une nouvelle fois portée par la voix d'Elton qui monte toute en puissance et en souplesse dans le refrain.

Soutenue par l'Orchestre qui lui aussi monte en puissance, on vibre en spectateur impuissant face à la détresse de ce peuple.

Comme de nombreuses fois dans ses mélodies, Elton casse le rythme à la fin du refrain comme pour mieux insister auprès de l'oreille de l'auditeur sur ce qui est important.

La fin de la chanson est également magnifique.

Elle est typiquement caractéristique de la musique folklorique irlandaise.

D'une certaine mesure, elle me fait maintenant penser à celle du film de James Cameron "Titanic" (pourtant réalisé après "MADE IN ENGLAND") dans ce passage où Léonardo Di Caprio et Kate Winslet descendent rejoindre les passagers de deuxième classe pour se livrer à des danses endiablées.

Pour continuer avec cette analogie du "Titanic", un autre passage dramatique où le navire est en train de sombrer inévitablement mais où les musiciens continuent à jouer sachant malgré tout qu'ils sont condamnés à mourir est à rapprocher à ce morceau.

En effet, cette leçon de courage et de bravoure symbolise toute l'attitude du peuple irlandais.

Elton (ou plutôt Bernie), s'insurge contre le fait que rien dans cette ville ne semble pourtant témoigner de ce courage et de cette bravoure:

"I never saw a braver place, Belfast".

Nulle doute  que "Belfast" restera comme l'une des chansons marquantes dans l'œuvre d'Elton.

Il est vrai qu'elle offre de la matière première à sa composition car elle se fonde sur des faits réels, Elton n'a pas à s'imaginer, juste à s'imprégner de la réalité.

Admirablement construite du début à la fin, elle ne comporte pas de faiblesse.

Une musique géniale au service d'un texte puissant.

On ne sort pas indemne de ce voyage.

Ma note :  9.5 / 10

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LATITUDE

Une chanson somme toute assez étrange dans le texte et que j'ai mis un certain temps à apprécier.

Cela débute tout d'abord par un nouveau voyage descriptif: celui de la ville de Londres.

Les deux premiers couplets décrivent fidèlement l'image dont nous nous faisons de la capitale britannique: un ciel gris, toujours chargé de nuages, le vent, la pluie.

Cela ne va pas faire les affaires de l'Office du Tourisme local !!!

Puis au fur et à mesure que l'on progresse dans le texte, on s'enfonce dans l'esprit tumultueux de Bernie Taupin.

C'est une succession de métaphores et d'allégories prises dans l'observation du quotidien.

On sombre dans l'obscurité, dans tous les sens du terme.

Le refrain quant à lui est très ambigu, délirant, voir inquiétant.

"Fold back the morning and bring on the night", "There's an alien moon", "That hangs between darkness and light".

Le dernier couplet, si je me laisse un peu à interpréter métaphoriquement les paroles de Bernie, peut même faire un peu peur.

En effet, le sol qui s'ouvre, les chiens qui accourent, une capture du cœur et l'esprit. Cela ne nous ramènerait-il pas à une vision de l'ouverture des portes de l'Enfer ?

Certains, en lisant ces lignes, vont certainement s'imaginer qu'il est temps que je surveille ma température car elle doit avoir dépassée le seuil de conscience raisonnable ou bien encore que je suis en train de consommer je ne sais quelle substance illicite mais il n'en n'est rien !

Mais ces même personnes devront reconnaître qu'il est parfois difficile de se lancer dans une interprétation des images de Bernie (je ne sais pas si celui-ci donnerait la même version à quelques temps d'intervalle !).

En fait, chacun peut se créer sa propre interprétation.

C'est ce qui fait aussi la force de ses textes.

Musicalement, il me semble qu'il y a un décalage entre la musique et le texte en ce sens que cette dernière est loin d'être aussi pesante.

Peut-être qu'Elton n'a pas réussi à trouver une musique adéquate et s'en est rapproché au mieux.

C'est une ballade (au sens propre comme au sens musical).

Guitare sèche et piano pour débuter, cela change un peu du schéma classique habituel.

La mélodie est attachante et fonctionne bien.

Les liaisons entre les couplets sont encore une fois magnifiques (notamment vers la fin du morceau, avant la reprise du refrain) grâce au développement de l'orchestre mais cela ne suffit cependant pas pour en faire un chef d'œuvre .

Difficile de faire suite à "Belfast", elle souffre inévitablement de la comparaison.

Ma note :  6.5 / 10

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PLEASE

Encore une petite chanson bien sympathique à écouter, sans être transcendante.

Pour avoir lu d'autres critiques par ailleurs, elle ne semble pas particulièrement appréciée.

Je dois avouer qu'à la première écoute, sans me préoccuper de son contenu, c'est une des chansons de l'album qui m'a tout de suite plu.

Maintenant, je relativise un peu. C'est vrai qu'elle me parait sans grande originalité et un peu facile (Elton connaît bien les ficelles du métier pour produire, sans grands efforts, des chansons efficaces, sans plus).

Il s'agit d'une chanson commerciale, faite certainement pour les radios: relativement courte avec une mélodie simple et entraînante qui plait assez bien en général (la preuve, je me suis laissé piéger !).

Elle ressemble, dans sa construction en de nombreux points à "Latitude" :

La durée en est sensiblement identique (3 min 36 pour "Latitude" contre 3 min 53 pour "Please).

L'intro est attaquée elle aussi par la guitare (électrique cette fois).

Le rythme est régulier, sans très grande surprise.

J'aime toutefois son changement dans le dernier couplet lorsqu'il dit: "But tied to the same track...".

Au risque de se répéter, une chanson d'école, agréable mais qui n'apporte rien de bien original.

Même dans le fort peu original, on est dans la continuité (rigueur d'album oblige !).

Ma note :  6.0 / 10

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MAN

Chanson débutant par l'association de l'orgue et du piano (ce dernier en retrait cependant).

L'orgue étant principalement un instrument utilisé dans les églises, lors de messes, on peut extrapoler et voir en cette chanson une messe dite pour l'Homme: pour ce qu'il est devenu et pour son devenir.

L'entrée en matière est directe, comme un pavé jeté dans la mare: "Man stands in all his glory" ("L' Homme se dresse dans toute sa gloire").

En regardant de plus près, on s'aperçoit en fait que le premier couplet n'est qu'un affligeant constat de la condition humaine.

L'Homme se dissimule derrière un masque, refusant sa nature, il se voile la face et va même pour se prendre pour un autre qu'il n'est pas.

Dans un certain sens, cette première phrase n'est-elle pas, ni plus ni moins, un message d'alerte pour signifier qu'aujourd'hui l'homme semble se prendre pour Dieu ?

Cette affirmation débouche sur un grand débat philosophique (qu'il convient de ne pas développer ici car cela n'en est pas le but) où l'on arrive à se demander si c'est Dieu qui a crée l'Homme ou l'inverse.

Je me souviens, il y a quelques années, j'étais tombé par hasard dans une librairie sur un livre qui stipulait, je cite: "Dieu est mort, vive l'Homme !".

Ce serait dramatique car cela bouleverserait nos croyances, les ciments de la civilisation.

Cela expliquerait alors, la phrase "Man stumbles on his own belief" de la fin du second couplet.

Les deuxièmes et troisièmes couplets ne font qu'accentuer le bilan, par toute une série de métaphores.

C'est bien le propre des textes de Bernie de faire naître des images dans la tête de celui qui écoute ses paroles.

La conclusion de ces couplets est que l'homme n'a plus qu'à avoir peur et se protéger que de lui même car il est devenu le seul à pouvoir se détruire: "Hard to kill" ou  "Man falls cut and bleeds".

L'homme est devenu "un loup pour l'homme" et c'est cette obsession continuelle à vouloir imposer sa volonté à son prochain qui le mènera, lentement mais sûrement, à sa propre perte.

Ainsi, comme on peut s'en rendre compte, il s'agit une nouvelle fois d'un texte très imagé et très fort de Bernie.

Heureusement, dans ce portrait au vitriol de la condition humaine, il existe un point optimiste à travers le refrain.

Ramené à un cas personnel, celui de "Monsieur tout le monde", "I'm a man working on the living part of life", il se fait le porte-parole (comme le prêtre envers ses fidèles) de l'espoir, et sonne le réveil des consciences endormies: "Don't lose hope", "If you can, have a little faith in man".

Musicalement, cette chanson comporte peu d'instruments (orgue, piano et quelques accords de guitare éparses).

Curieusement, on notera que les chansons d'Elton les plus fortes sont souvent celles où les instruments sont peu nombreux.

Collant à l'intention d'être un prêcheur, l'essentiel est basé sur la voix d'Elton, toute en variation d'intensité et d'émotion.

Il insiste sur les syllabes des mots importants.

A noter également, la fin toute particulière où la dernière note est maintenue en écho pendant quelques longues secondes.

Cela me fait penser à une onde qui se propage sur l'étendue d'une mer d'huile.

Faut-il y voir une nouvelle métaphore: la note de musique comme l'étincelle d'espoir décrit plus haut qui si elle n'est pas entretenue, finit par s'éteindre et disparaître à jamais ?

Ma note :  7.5 / 10

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LIES

"Lies" est une chanson qui vous surprend la première fois que vous l'entendez.

On ne s'attend absolument pas à ce genre d'entrée en matière.

Le morceau précédent s'était achevé tranquillement, allant jusqu'à l'extinction de la dernière note et là, brusquement, sans prévenir, l'intro est attaquée par un piano tonitruant !

Je dois avouer que lors de ma première écoute, j'ai sursauté (même aujourd'hui, cela m'arrive encore !).

Généralement, répétons le une nouvelle fois, Elton débute ses chansons par quelques accords de pianos tranquilles, d'une durée n'excédent pas quinze à vingt secondes.

On constate qu'ici, il en est radicalement autrement.

Il existe une similitude entre "Cold" et "Pain" dans l'enchaînement de ces chansons, le rythme étant cependant nettement plus violent sur "Lies" que sur "Pain".

On retrouve toujours le schéma classique de construction, composée d'une intro, d'un solo de piano au milieu et à la fin.

De tout l'album, il s'agit probablement de la chanson où le piano est le plus mis en avant.

Plus encore que sur le titre "Made in England", qui constituait un morceau bien rythmé, on sent ici qu'Elton se fait plaisir, se libère quelque peu, attaquant les notes avec fougue .

Enfin, la chanson se termine toute aussi brutalement qu'elle avait débutée.

Par rapport à la cohérence de l'ensemble, je ressens toutefois cette chanson comme une parenthèse musicale. Elle n'a peut-être pas sa place dans cet album ( pour ce qui est de la partie musicale entendons-nous bien ! ).

Quant au texte, il parle une nouvelle fois de comportements humains: il fait ici l'apologie du mensonge.

On s'aperçoit au fil des énumérations que nous passons en fait notre existence à mentir pour des choses plus moins subtiles: "Some lie about age and beauty" ou encore "I've lied for a drug or two".

On est dans la continuité (encore et toujours !) de la chanson précédente, ce qui semble en somme logique après y avoir affirmé que l'Homme ne cessait de se mentir à lui-même.

La construction est également identique à "Man" en ce sens que les couplets sont là aussi basés sur une série de constations de faits peu reluisants et le refrain amène là encore une note d'optimisme:

"I've lied about most everything" suivi de "But I never lied to you" (J'ai menti à propos de nombreuses choses mais je ne t'ai jamais menti").

Il existe parfois des amours si forts qu'ils résistent à la tentation du mensonge.

Ce dernier semble être l'apanage des faibles, des égoïstes qui s'inventent des mondes factices pour sauver les apparences et qui finissent par ne plus savoir faire la différence entre le vrai et le faux, qui ont oubliés le sens du mot "vérité".

Une chanson que l'on prend plaisir à écouter, davantage réussie que la précédente.

Ma note :  8.0 / 10

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BLESSED

Dernière chanson de cet album, qui vient intelligemment le conclure.

On ne va pas s'étendre une nouvelle fois sur ce sujet, se référer pour cela à ce qui a déjà été dit lors de la critique de "SONGS FROM THE WEST COAST".

Tout comme "House", il s'agit là d'une chanson personnelle pour Elton et une de ses préférées.

A travers le rêve d'un père et de tout ce qu'il souhaite de mieux pour l'avenir de son enfant: "You'll have the best I promised you that", Bernie Taupin (qui connaît on ne peut mieux Elton après tant d'années de complicité) se fait à travers ses mots, l'interprète, le porte-parole des pensées d'Elton ("I need you before I ' m too old").

En effet, ce dernier, que l'on peut considérer comme "blessed" c'est à dire "Béni des Dieux", possède l' amour, la gloire (accessoirement l'argent !!!) mais il lui manque aujourd'hui ce qui fait l'accomplissement d'un homme dans sa vie d'adulte: être père.

Il sait pertinemment qu'il n'en aura jamais et nul doute que cela constitue un échec, une blessure profonde.

Lui, qui dans son enfance, a terriblement souffert de l'absence de son père après le divorce de ses parents alors qu'il avait à peine dix ans, aurait certainement voulu donner ce qu'il n'a pu recevoir.

Pourtant, il y a deux ans (précisément à cette époque), lui et son compagnon, le producteur David Furnish, avaient réalisé les démarches nécessaires à l'adoption d'un enfant.

Cela allait aboutir mais finalement, il se ravisa, non par peur des responsabilités de cette paternité puisqu'elle était désirée mais plutôt par une prise de conscience qu'il ne pouvait pas apporter réellement le bonheur à cet enfant.

En effet, sa manière de vivre (avec ses tournées mondiales gigantesques qui l'amènent aux quatre coins du monde la majeure partie de l'année) est incompatible  (sauf à mettre un terme à sa carrière, ce qu'il n'est certainement pas prêt à faire car comme on l'a déjà dit par ailleurs: la scène c'est sa vie, sa drogue et avoue-le, nous aussi égoïstement, on ne le souhaite pour rien au monde !) avec le don de soi que nécessite l'éducation d'un enfant.

Peut-être a-t-il réfléchit aussi à la cruauté des enfants entre-eux qui, d'ici quelques années, se seraient empressés de le blesser par des remarques désobligeantes concernant sa situation particulière: Pas facile d'avoir deux papas quand la "normalité" veut que les enfants aient un papa et une maman !

C'est le genre de blessure qu'il est difficile de refermer quand on est un jeune enfant et que l'on traîne par la suite toute sa vie.

Elton veut un enfant pour le rendre heureux et non pour qu'il soit malheureux à cause de lui.

Bien sûr, certains diront (à juste titre d'ailleurs !) qu'Elton a les moyens de s'offrir un précepteur pour subvenir à l'éducation de son enfant, mais il faut avouer que cela ne serait que repousser le problème.

En effet, tôt ou tard, il sera bien obligé d'affronter sa différence. N'est-ce pas durant sa vie scolaire et dès son plus jeune âge qu'un enfant réalise l'apprentissage de sa vie d'adulte ?

Plus on tarde à l'affronter, plus cette épreuve se révèle difficile à surmonter .

Ainsi, pour toutes ces raisons (et pour d'autres plus personnelles qui leur appartiennent), Elton et David prirent la décision de renoncer à cet enfant.

Cruelle décision sans nul doute à prendre mais sage et toute à son honneur.

Vouloir faire ainsi le bonheur d'un enfant avant le sien est une preuve de grande maturité, preuve s'il en était, de la métamorphose d'Elton. Il n'est plus cet être égoïste et égocentrique qu'il était encore il n' y a pas si longtemps.

A cette époque, il ne se serait même pas posé la question une seule seconde.

On peut affirmer, pour lui rendre honneur, qu'au moins une fois dans sa vie il aura réagi en tant que père.

D'un point de vue musical, il ne s'agit pas encore là d'un morceau d'une très grande complexité.

Comme chaque fois qu'il veut faire passer une grande émotion, on constatera qu'il n'utilise que peu d'instruments (piano pour l'essentiel).

Cela évite de se disperser et de charger inutilement le morceau.

En procédant ainsi, on se concentre sur l'essentiel.

Le piano y est ici fort d'authenticité, tout comme la voix d'Elton qui passe par de nombreuses variations dans le timbre.

L'émotion est bien transcrite et palpable tout au long de la chanson.

A noter que le rythme régulier des percussions n'est pas sans rappeler la dernière chanson (tiens, tiens !) "This train don't stop there anymore" du dernier album "SONGS FROM THE WEST COAST".

Il s'agit, là encore d'une chanson autobiographique.

Un seul petit reproche tout de même, l'intervention inopinée dans la dernière moitié du morceau, sorte de voix radiophonique déformée qui me rappelle la chanson du groupe des Buggles du début des années quatre-vingt: "Radio Star".

Je ne vois vraiment pas ce que cela peut apporter à ce morceau. Au contraire, je trouve que cela casse un peu l'atmosphère et pour parler vulgairement, cela "tombe comme un cheveu dans la soupe !".

"Blessed" répond donc bien aux critères précédemment définis: c'est une chanson forte et authentique, qui laisse une bonne impression d'ensemble.

Ma note :  8.5 / 10

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Conclusion

"MADE IN ENGLAND" est un album fort textuellement par la variété des thèmes abordés.

Il représente une réflexion sur les sentiments et comportements humains: l'Amour, la Douleur, la Décadence, la Générosité, le Mensonge, la Solitude.

Musicalement, c'est un album riches en sonorités, la présence de l' Orchestre de Londres y est certainement pour beaucoup.

Comme je j'avais déjà dit précédemment mais je le répète, cela apporte un plus indéniable à ses albums.

La construction est stricte et rigoureuse: même schéma constitutionnel et enchaînement méthodique des morceaux.

Il existe trois grande chansons dans cet album: "Believe", "Belfast", "Blessed" (les trois "B").

Il est sobre (il n'y a qu' à observer la pochette et le CD tout blanc, les photos limitées à des portraits intimistes en noir et blanc dans le livret, les titres des chansons qui se limitent à un seul mot).

Il a voulu éviter les fioritures, les frasques du passé pour mieux se concentrer sur l'essentiel, sur des vérités.

Je pense sincèrement que cet album n'a pas mérité l'accueil qui lui a été réservé.

Il a dû s'agir d'une cruelle désillusion (on l'avait déjà entre aperçu au moment de la sortie de "Believe" sur la vidéo documentaire "TANTRUMS AND TIARAS") pour Elton (et certainement aussi pour Bernie à un degré moindre !).

Il avait voulu ainsi par cet album, se montrer sous un autre jour et malheureusement, il ne fût pas compris.

Des trois albums produits durant la décennie passée, "MADE IN ENGLAND" est, sans conteste, l'album que toute personne aimant un tant soit peu ce que fait Elton, se doit de posséder.

Sans pousser à la consommation, si vous avez lu ces quelques lignes et que vous ne possédez pas encore cet opus, achetez-le sans la moindre hésitation, vous ne le regretterez pas, croyez-moi.

Pour terminer, je reprendrai une idée lue sur un autre excellent site consacré à Elton et qui me parait tout à fait juste à savoir que cet album représente un "brouillon  amélioré", un prélude à ce qu'allait devenir le dernier album "SONGS FROM THE WEST COAST".

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