Sorry Seems To Be the Hardest Word
Blue featuring Elton John

CD Single 1:

1. Sorry Seems To Be The Hardest Word (Radio Edit)
2. Lonely This Christmas
3. Sorry Seems To Be The Hardest Word (Ruffin Ready Soul Mix)
4.
Video Interactive Element
(Recording Studio footage)

CD Single 2:

1. Sorry Seems To Be The Hardest Word (Radio Edit)
2. Album Medley
3. Sweet Thing
4.
Video Interactive Element
(SSTBTHW Video)
 

 
Par Christophe LETELLIER 

Après “Don’t go breaking my heart” avec le transsexuel Ru Paul en 1993 pour l’album DUETS et “Your Song” avec le ténor italien Alessandro Safina au printemps 2002, Elton remet cette fois au goût du jour avec le Boy’s Band britannique Blue, l’un de ses plus grand chef d’œuvre émotionnel : “Sorry seems to be the hardest words”, dont la version originale de 1976 se trouve sur l’album BLUE MOVES (il s’agit certainement d’une pure coïncidence mais on notera que ce titre était donc lié avec un “Blue” dès l’origine !)

Ce n'est pas la première reprise puisqu'il y eu déjà une version de ce titre par Joe Cocker pour l’album TWO ROOMS en 1991. En fait, il serait plus juste d’attribuer cette nouvelle version à Blue plus qu’à Elton lui-même. En effet, pour la petite histoire, rappelons la genèse de cette aventure.

Au départ, tout est parti de Ryan, un membre du groupe qui adorait cette chanson d’Elton. Tout naturellement, il soumit aux autres membres du groupe son désir d’inclure une reprise de ce titre sur leur prochain album. Ils approuvèrent l’idée mais pour que cela se réalise, il fallait nécessairement l’accord d’Elton. Ils le contactèrent et, contre toute attente, non seulement il accepta la reprise mais en plus il leur proposa de jouer et de chanter également.

Quand on est sujet de la couronne britannique, au même titre que Sir Elton, pouvoir s’entourer d’un tel “monstre sacré de la pop anglaise” est un honneur que l’on ne refuse pas et qui plus est un gage de réussite.

Elton, tout au long de sa carrière multiplia les expériences en duo (il y consacra même un album entier en 1993 “DUETS”) et dans tous les genres musicaux, n’hésitant pas à s’attirer parfois les foudres des critiques comme lors de son duo avec le très controversé rappeur américain Eminem durant la cérémonie de remise des Grammy Awards en 2001.

A cette époque, cela eût un peu l’effet d’une bombe. En effet, comment lui, un homosexuel déclaré, avait-il pu chanter avec un personnage se disant homophobe comme Eminem (l’inverse est également vrai !) ? Au delà du “coup médiatique”, il faut plus y voir la volonté d’Elton de montrer à l’opinion publique qu’Eminem n’était pas nécessairement le personnage aussi détestable qu’il s’est construit et qu’il veut faire paraître que par défit personnel. Il semble d’ailleurs que depuis cet événement, la carapace d’Eminem se soit plus que fissurée et qu’il évolue, montrant par la même une certaine intelligence du personnage (cf. son dernier film qui connaît un franc succès depuis sa sortie). Celui-ci comprit dès le départ que, pour réussir dans le milieu impitoyable du show-Biz, il était nécessaire de se faire remarquer, choquer, proposer autre chose pour se démarquer des autres.

Dans un certain sens, Elton n’avait-il pas fait de même en son époque en choquant par ses tenues extravagantes et son comportement (drogue, alcool, égocentrisme exacerbé) ? Nombreux sont ceux qui pensèrent qu’il dénaturait sa musique, que c’était une sorte de gâchis mais durant tout ce temps où il faisait parler de lui, il marquait les esprits.

On peut même pousser plus loin le raisonnement et admettre qu’en abandonnant son personnage délirant et en devenant sobre, plus sage, il s’est quelque peu sabordé médiatiquement. Il ne choque plus; nécessairement il ne marque plus les esprits et cela finit par se traduire par un recul progressif sur la scène internationale, alors que sa musique est la même (voire meilleure) qu’à cette époque.

Ainsi, sans faire l’analyse et prendre la défense du cas Eminem (qui n’est vraiment pas ma “tasse de thé”), on démontre ainsi que celui-ci n’est pas aussi éloigné que ça d’Elton dans la manière de gérer sa carrière et, au risque à mon tour d’en choquer certains, ils ont même au moins un point commun: celui d’avoir marqué leur époque musicale avec quelque chose de nouveau et en choquant: l’un par ses tenues vestimentaires, l’autre par ses agréations verbales sans limites.

En s’entourant d’un Boy’s Band, Elton choque de nouveau les puristes (cf. l’article d’un chroniqueur du Dailly Mirror au moment de la sortie en Angleterre du single) qui jugèrent désastreux et indigne de la part d’Elton de s’entourer de “petits jeunes !” pour refaire un Hit sur les radios et télévisions. Dans ce monde impitoyable où il faut lutter sans cesse pour survivre et ne pas disparaître, Elton (doit-on le lui reprocher ?) nous démontre une nouvelle fois sa grande intelligence en ce qui concerne la manière de gérer sa carrière.

Pour appuyer ce que j’affirmais un peu plus haut, de nouveau il choque; l’effet est immédiat et il réapparaît sur la scène internationale: le single se porte à merveille (il n’a pas connu d’ascension fulgurante mais progressive avec un effet  à plus long terme ce qui n’en est que mieux), les passages promotionnels sont plus nombreux sur les chaînes de radio et de télévision, la presse et les magazines s’intéressent de nouveau à lui.

Honnêtement, Elton n’a plus rien à nous prouver (il a surtout voulu servir de tremplin médiatique à la carrière de jeunes artistes en devenir) mais le fait que l’on parle de nouveau de lui comme cela doit satisfaire pleinement son orgueil de star.

Musicalement parlant, cette version est typiquement dans l’ère musicale actuelle avec un rythme rapide, dance. Elle propose toutefois des éléments intéressants: Elle apparaît ainsi, nettement moins triste que la version originale. Personnellement, j’aime bien ces petites interventions du piano dans le chant des couplets. Les membres du groupe chantent et se comportent comme leur prédécesseurs Boy’s Band (ils sont à mon avis trop lisses !) mais il faut saluer la performance vocale de l’un d’entre eux au moment de la fin du refrain et du passage du solo instrumental; je dois dire que la première fois je me suis fait bluffer, pensant qu’il s’agissait d’un instrument et non d’une voix humaine. Bravo pour cette montée dans la gamme des notes ! La partie instrumentale nous amène un harmonica du meilleur goût pour remplacer le synthétiseur de la version originale. J’aime beaucoup. La voix d’Elton est puissante mais posée et tranche singulièrement avec celles des autres membres du groupe (plus aiguë et plus fragile) et ce qui est le plus remarquable c’est la très belle (et très réussie) conclusion au piano. Le morceau est ainsi bien fermé et comme je l’ai déjà formulé dans mes critiques d’album précédentes, c’est important de réussir sa conclusion car c’est toujours ce dont on se souvient après l’écoute.

En conclusion, je dirai qu’il s’agit d’un sympathique single, bien réussi au niveau de la cible musicale pour laquelle il est destiné à  savoir la nouvelle génération. Elton y joue à merveille son rôle de patriarche du groupe en y apportant son expérience, sa sérénité et surtout sa notoriété.

Le succès engendré est profitable pour les deux parties.

Relancera-t-il définitivement Elton auprès de la nouvelle génération qu’il espère ainsi conquérir ? Il est encore trop tôt pour le dire mais ce que l’on peut d’ores et déjà affirmer c’est que “Sorry seems to be the hardest words” est un succès mondial incontestable.

Qui saura au mieux rebondir ?

Peut être les deux; c’est tout le mal que l’on peut leur souhaiter même si ce sera certainement plus aisé pour Elton qui, rappelons-le, n’a plus rien à prouver au niveau mondial.

Pour lui, c’est surtout l’envie de se faire plaisir qui importe. Si cela fonctionne et peut aider des jeunes artistes à acquérir un nom, tant mieux; sinon cela ne l’empêchera pas de continuer son chemin.

 
Christophe LETELLIER.

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